sauvons les cyborgs !

L'Histoire est un mensonge que personne ne conteste.

nos univers parallèles

Manu le Cyborg
2 novembre 2009

Ado, j’étais un élève dis­sipé. Mon meilleur ami, lui, appre­nait par cor­res­pon­dances. Nous révi­sions ensemble.
Je me sou­viens d’un soir, nous ozo­ni­sions au ter­rain vague der­rière chez nous. Il disait que les miracles n’existent pas et que les scien­ti­fiques sont des sor­ciers. Il disait que quand on regarde de l’autre côté du miroir, on sait que tout est déjà arrivé.
Il était un peu poète, mon ami. Et moi j’avais la main verte.

Séquence nos­talgie? Oui, un peu. Hier soir, Sugaar m’a parlé du Cantique des quan­tiques.
Nous dis­cu­tions de sujets divers et ava­riés, comme l’Appel du 9 sep­tembre et le chan­ge­ment d’air. Grand moment schmil­bli­ckien: on est dans quel monde, là?

Tout dépend de ton état de conscience, petit sca­rabée. C’est la conscience du monde qui crée le monde.

Tu veux dire que c’est philosophique?

Oui, c’est quantique.

Sugaar et moi, on se com­prend même quand on ne parle pas de la même chose. On a des goûts dif­fé­rents mais c’est pas grave, on est un peu comme dans une boite de chocolats.

C’est ça. Notre uni­vers, c’est comme une boîte de cho­co­lats. Tu ne sais jamais ce que tu vas trouver. Tu com­prends, tout dépend de la lumière. En des­sous d’un cer­tain seuil, nous sommes aveugles. Nous ne voyons pas la lumière. Ou plutôt, nous croyons qu’elle n’existe pas.

La lumière. Ok. J’en connais une qui a pris de l’avance. Je gère l’info et je reprend une bière.

La lumière, c’est de l’énergie. Pense aux par­ti­cules d’énergie. Ce sont à la fois des objets solides et des ondes. L’objet solide a une place. L’onde se déplace. Ce qui fait que l’objet se déplace sans cesse, mais c’est uni­que­ment lorsque nous l’observons qu’il devient un objet. Tu me suis?

Nooououii oui. Quand Sugaar imite la carpe et l’oiseau avec ses mains, il vaut mieux dire oui.

Maintenant, ima­gine un objet plus gros.

Heu? Comme ça?

Oui, toi. Si on applique la théorie quan­tique à notre vie de tous les jours, les choses existent en une série d’états super­posés jusqu’à ce qu’on les regarde. A ce moment, les états s’effondrent les uns sur les autres et il n’en reste plus qu’un, celui que l’on regarde. D’une cer­taine façon, ce n’est pas l’incertitude qui est au cœur de la théorie quan­tique, c’est l’identité.

Elle m’a refait le coup de la carpe et de l’oiseau, alors j’ai pris une bou­teille. Et des notes aussi. Moi cyber­master, moi pas doc­teur en phy­sique quantique.

Imaginez-toi, seul dans ce bar. Imaginez-moi, dans une dimen­sion dif­fé­rente, mais dans le même bar, assise à la même table. Un monde où tu n’es pas là, en face de moi. Dans ta dimen­sion, tu ne sais même pas que j’existe. Là où je suis, je regarde le vide. Si tu voies une ombre, n’ai pas peur. Ce n’est que moi. Nous sommes faits de la même matière que les rêves, tu sais.

Elle  m’a fait un dessin avec un petit chat dans une boîte et je l’ai appelé Samâdhi. Dans la rue, je zig­za­guais d’une pensée à l’autre. Et puis, sans m’en rendre compte, j’ai retrouvé le ter­rain vague et j’ai com­pris qu’Ismaël avait raison.

En atten­dant que notre double nous tende la main de l’autre côté du miroir, amis cyborgs : ouvrons l’œil.

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