Je commence à me faire à l’idée que les ovnis, s’ils existent, ne sont pas près de débarquer au-dessus de la tour Eiffel. En tout cas, je préfère me dire qu’ils sont bien au chaud sur Mars plutôt que d’écouter les machins authentiquement véritables à 100%, du genre » le grand Babaouchnock fut contacté par un visiteur venant d’une autre planète qui lui demanda de construire une ambassade pour accueillir ces êtres lors de leur retour sur terre. »
Histoire de se rappeler que parfois, la vérité est ailleurs mais pas trop loin, je vous propose une petite balade au pays des ovnis en plastique, avec trois bonnes blagues faites par des gamins et qui auraient pu durer longtemps.
Les lumières de Belesta (France, 1954)
L’histoire: dans la nuit du 16 octobre 1954, des dizaines de personnes voient des boules lumineuses dans le ciel et crient au miracle. Les gendarmes constatent l’incroyable, et les journaux font monter la sauce.
La durée: 55 ans.
La méthode: une bande de copains recouvrent des lampes de poche avec des papiers de bonbons, les accrochent sur une roue de vélo et baladent le tout sur une montagne. C’est la fête au village.
Le pourquoi du comment: On s’ennuyait ferme ce samedi soir-là. Dans les journaux, à la radio, on ne parlait que d’ovnis. Alors on s’est dit : ils en veulent, on va leur en offrir ! René Lagarde, retraité de police.
Les irréductibles: vous ne leur enlèverez pas de la tête qu’un ovni a été aperçu au-dessus d’un village voisin quelques heures avant, qu’une étoile filante est passée dans le ciel ce soir-là, et que la mère Michelle, elle a perdu son chat. Et ça, c’est louche.
Les photographies de Beaver (USA, 1965)
L’histoire: La nuit du dimanche 8 août 1965, les frères Lucci, 17 et 19 ans, photographient la lune depuis leur jardin. Un objet brillant apparait derrière la colline: un ovni!
La durée: 33 ans.
La méthode: Une assiette posée sur une main.
Le pourquoi du comment: en 1998, le frère aîné avoue la supercherie. Ils voulaient juste faire une blague à un ami, mais ce dernier a eu la bonne idée de montrer les photos au journal local et les choses leurs ont échappé.
Les irréductibles: Ils s’accrochent au fait que l’armée de l’air a reconnu qu’un ovni a été aperçu ce soir-là dans les environs, à Pittsburgh et que les frères auraient été menacés par des Men in black.
L’ovni du 9.3 (France, 1994)
L’histoire: En septembre-octobre 1994, des jeunes « admirent le ciel » depuis le toit d’une tour HLM quand une énorme boule de lumière apparait au-dessus d’eux. L’apparition dure quelques minutes et disparait en silence.
La durée: entre vingt minutes et 15 ans.
Le pourquoi du comment: un hélicoptère en vadrouille et un taux de THC particulièrement élevé.
Les irréductibles: Il y a ceux qui soulignent que personne n’a entendu ni vu le fameux hélicoptère. Et puis il y a ceux (à peu près tout le monde) qui pensent que la fumette et l’alcool n’ont jamais fait bon ménage.
Mon témoignage: Hé hé, cette histoire là est sérieusement gratinée et je peux vous en parler parce que ça c’est passé chez moi! Je ne me souviens plus trop si c’était en septembre ou octobre, mais les cours avaient repris depuis pas longtemps. A l’heure où tous les braves gens ronflent, M (on va l’appeler M, vu qu’il est toujours sur place) , glandouillait avec ses potes sur le toit de ma tour, comme d’habitude. Quand soudain… Tan tan tan! La bande débarquent dans la cour de la cité en hurlant « un ovni! un ovni! »
Tout le monde se met à sa fenêtre, les insultes pleuvent et les mecs crient toujours. Ils étaient complètement paniqués. Il y en a même un qui s’est mis à vomir, mais ça à mon avis c’est parce qu’il n’avait pas l’estomac pour courir dans les escaliers. Quelqu’un a la bonne idée d’appeler les flics, qui sont morts de rire (un ovni dans la téci). M. devient complètement fou et les insulte. La bande se fait embarquer pour tapage nocturne et infraction à la législation sur les stupéfiants. Les mères se mettent à pleurer et les copains solidaires font un grand feu de joie avec les voitures du quartier. Et alors, vous allez me dire, un soir comme un autre à Babylone?
Sauf que le lendemain, plusieurs habitants ont eu des maux de têtes, des vertiges et des pertes de mémoire. Comme s’ils étaient sonnés, ou drogués. Des gens sont venus nous voir et ont commencé à poser des questions. On aurait dit des militaires déguisés en assistantes sociales. Tsss, tout ce ramdam pour une bande d’ados allumés.
Finalement, les gugusses ont été relâchés. Ils ont fait profil bas et adoptés la même version que les flics: ils avaient vu les flashs d’un hélicoptère. Ça aurait pu devenir une énorme blague qu’on se rappelle en rigolant, des années après. En fait, pas du tout. Il y a eu une sorte de silence à propos de ce soir-là. Comme si on voulait tous effacer cet épisode. D’ailleurs, même moi, je l’avais oublié jusqu’à ce que quelqu’un dépose une coupure du journal dans ma boîte au lettres (encore un mystère, ça).
Alors, j’y crois ou j’y crois pas? Sincèrement, pour moi il n’y a pas eu d’ovni. Par contre, avec le recul et une bonne dose de paranoïa, on peut se demander si l’hélicoptère n’a pas largué quelque chose de bien toxique, voir fait des essais d’armes psychotroniques. Et avec encore plus de recul, on peut aussi méditer sur l’hystérie collective.
M.est devenu un biggyboss mais à mon avis, il n’a pas oublié. Il a traîné un vieux canapé en haut de ma tour et il passe pas mal de temps là-bas, la tête dans la fumée.
Si ça se trouve, l’ovni reviendra le chercher. Chouette. Est-ce que j’aurais le temps de prendre une photo?
Amis cyborgs, ouvrons l’œil.