Au-delà de ce monde de colère et de larmes,
Ne plane que l’horreur de l’ombre.
Et pourtant la menace du Temps
Me trouve et me trouvera, sans peur.
William Ernest Henley, Invictus
Tous les animaux connaissent la peur. Et tous peuvent apprendre à nier l’évidence du danger.
Une expérience conduite par des psychologues de l’université d’Austin, au Texas, a permis de guérir des rats dressés à associer un son particulier avec une décharge électrique.
La méthode est simple. D’abord, on rejoue le son, une seule fois, pour déstabiliser la mémoire. Aucune décharge électrique ne succède au son. Une heure plus tard, on rejoue ce son de façon répétitive.
A la fin, les rats peuvent entendre le son sans avoir peur. Mieux : ils sont à présent plus lents que d’autres rats pour réapprendre à craindre la décharge électrique. Malgré la douleur, le son ne produit chez eux qu’un sentiment de sécurité.
Ces chercheurs souhaitent poursuivre l’expérience avec des êtres humains.
Cela est inutile. Nous en connaissons déjà le résultat.
Depuis l’Appel du 9 septembre et la mise en place, par Simons et ses sbires, de mesures d’exception légitimant une surveillance généralisée, nous vivons comme ces rats de laboratoire.
D’abord, ils nous ont appris la peur. Une peur collective et irrationnelle, nous faisant voir des ennemis dans chacun de nos voisins. Elle a engendré une hystérie digne des périodes les plus sombres de notre histoire. Des femmes et des hommes, parce qu’ils réclamaient la vérité au sujet de Cherny Zemly, ont été déshonorés, pourchassés, lynchés par les médias. Ils ont été abandonnés par le peuple quand ils ne luttaient que pour lui. Certains en sont morts.
Puis, par un fantastique tour d’illusionniste, le Nouvel Ordre nous a appris l’indifférence. Un calme inquiétant a succédé à la tempête. En quelques petits mois, les individus qui décident de notre avenir ont réussi à nous faire oublier que notre survie dépend de notre capacité à reconnaître les dangers qui nous menacent.
Pour pouvoir nous sauver, il nous faudrait, comme des rats de laboratoire, réapprendre à avoir peur. Mais il ne s’agit plus d’éprouver la peur imbécile de celui qui a peur de son ombre alors qu’il marche en pleine lumière.
Il est urgent de nous souvenir de toutes ces routes maudites que nous avons prises et qui ne menaient nulle part.
La peur qui nous a saisi, enfin, lorsque nous avons compris que notre guide était aussi notre bourreau, cette peur nous a sauvé. Elle nous a appris qu’il est parfois nécessaire de mordre la main de son maître.
Pierre Anvers ne doit pas être mort pour rien.
Zemly vérité ! Nous devons retrouver l’homme à l’oiseau noir.
Il est vrai que nous vivons des Temps, nous dit-on, des Temps où les révoltes ne s’écrivent pas sur les murs et ne se crient pas dans la rue. Cela ne se fait plus, voyons. Il fait trop froid. C’est un temps anesthésique.
Il est vrai que si révolte il y a, si cela peut être encore possible, nul ne l’entend.
Ne voyez-vous pas à la Lanterne, celui dont l’Appel nous laisse sans voix ? Qu’entend-il de nous, lui ? Le murmure de nos claviers ? Le bruit des langues qui claquent quand tous les mots sont usés ? Quel est le mot de code ? Chut ! Clac. Cent un mots que nous échangeons, et pas un qui semble à la hauteur de ce silence. Mais à quoi pense-t-on ? A rien. Vraiment. Sincèrement. Ce ne sont que des petits mots que nous stockons comme des coupons de réduction pour une braderie improbable, où tout sera trop grand et trop petit, trop laid et trop futile. Ce ne sont que des justifications pour faire traîner les choses, puisque nous savons bien que nous n’irons pas, là-bas.
Il est vrai que nous vivons un jour sans fin, ou plutôt l’une de ces après-midis grises et ternes où l’on sait que toutes les promesses sont ajournées. C’est un jour triste, il n’y a plus personne à appeler et tout ce qui devait être lu a été écrit.
Mais nous n’admirons ni le mouvement lent des girouettes ni les feuilles froissées que le vent mauvais nous apporte. Nous comptons. Nous recomptons. Nous biffons les grâces passées et les messes dites. Tranquillement.
Il est vrai que nous vivons des temps où les murs n’écrivent plus aucune révolte. Où toutes les voix qui devaient se faire entendre ne parlent que d’issues de secours. C’est un temps sale, nous disons, un temps de naufrage.
N’est-ce pas là que tout commence ?
« Et, au fait, quiconque, ayant conquis un État accoutumé à vivre libre, ne le détruit point, doit s’attendre à en être détruit. Dans un tel État, la rébellion est sans cesse excitée par le nom de la liberté et par le souvenir des anciennes institutions, que ne peuvent jamais effacer de sa mémoire ni la longueur du temps ni les bienfaits d’un nouveau maître. Quelque précaution que l’on prenne, quelque chose que l’on fasse, si l’on ne dissout point l’État, si l’on n’en disperse les habitants, on les verra, à la première occasion, rappeler, invoquer leur liberté, leurs institutions perdues, et s’efforcer de les ressaisir. »
Nicolas Machiavel (1515) Le Prince
A ceux qui pensent que tout est pour le mieux tant que le pire est évité, nous disons : Souvenez-vous !
C’était un matin de défaite, et le grand corps malade de la cité n’en finissait pas de vaciller. Trente tyrans fondaient sur Athènes. C’était aisé, l’hydre vieillissante avait perdu le souvenir d’elle-même.
La proposition, faite au peuple à genoux, était de créer un nouveau régime. Puisque le système ne fonctionnait plus, puisque la guerre et l’économie réduisaient tous les lauriers en cendres, alors il fallait s’en remettre à la sagesse des ancêtres. Mais qu’avaient-on hérité, de ces ancêtres mythiques ? Tout. La valeur et le courage. Le respect de l’ordre. Une certaine idée de la liberté…
C’était donc pour le salut public, qu’il fallait remettre le pouvoir entre les mains de quelques uns.
Propagande. Les Trente investissaient la mémoire collective et en nourrissaient leur puissance.
Tous les bons citoyens présents dans l’assemblée, comprenant la manœuvre et sentant leur impuissance, ou bien restèrent en gardant une attitude passive, ou bien se retirèrent. Ils pouvaient du moins se rendre cette justice qu’ils n’avaient rien voté de néfaste pour la cité. Un petit nombre de citoyens lâches, malintentionnés, adoptèrent à main levée les mesures qu’on leur dictait.
Trier. Épurer. Traquer les mauvaises idées et les mines suspectes. Réduire le nombre de citoyens, ne garder que les meilleurs, ceux qui le méritent vraiment.
Exiler effacer exécuter.
Renier.
Créer les lois pour mieux désigner les hors la loi.Flatter avec le bout de la cravache. Jeux. Concevoir le vivre ensemble comme une gigantesque entreprise de surveillance collective.
Que disait-on, alors ? Ils voient vos malheurs d’un si bon œil que, tantôt, ils les savent avant tout le monde, tantôt ils en inventent.
« Ces actes faisaient plaisir aux citoyens qui croyaient que les Trente agissaient pour le bien de la cité. »
Aristote
C’était il y a 2400 ans. La démocratie athénienne mourrait; les hommes au pouvoir étaient devenus une force d’occupation. Puis, un jour, un général en exil revint pour tout renverser.
Et ensuite ? Socrate bu la cigüe et tous en moururent.
Zweckpropaganda. Le messager athénien s’en est allé.
Comment fêter les quarante ans d’Internet ? En rappelant son origine militaire.
Entre le 5 et le 14 décembre, le DARPA (agence américaine pour les projets de recherche avancée de défense) a organisé une chasse au trésor pour examiner les rôles que jouent Internet et les réseaux sociaux dans la communication et la mobilisation des populations lors de situations critiques.
Il n’a fallu que deux heures aux cinq mille participants pour retrouver les dix ballons météorologiques rouges dispersés aux États-Unis.
Ironie ? Depuis soixante ans, le ballon météorologique est synonyme de leurre, pour les ufologues.
Le pouvoir de la foule
Faire appel aux internautes pour résoudre une tâche donnée était jusqu’à présent associé avec l’altruisme désintéressé. Cette technique, le crowdsourcing, permet de fragmenter et de rendre abstraite la véritable signification des tâches. En y mêlant propagande et désinformation, c’est un moyen efficace pour manipuler des citoyens.
Le concours de DARPA, le jeu Internet Eyes et la traque de l’Homme à l’oiseau noir nous montrent que les populations peuvent être utilisées pour étendre la capacité de surveillance d’un état.
Il suffit de quelques images truquées, d’une poignée de témoins récitant leurs textes pour que les foules hypnotisées traquent des ennemis imaginaires.
Mais, de l’autre côté du miroir… Qui garde les gardiens ?
Ma première explication était un halo parhélique, par temps nuageux. Il s’agirait en fait d’un hole punch cloud, un bête trou dans un nuage. Ce genre de nuage apparait quand des gouttes d’eau sont en suspension dans le ciel et ne trouvent pas de grains de poussière pour former un noyau de glace. Lorsque la congélation se produit, la fine couche de glace tombe sur Terre, laissant une magnifique porte spatio-temporelle.
Le nuage de Moscou serait donc un phénomène météorologique très rare mais explicable. Moi, avec mon côté fouineur, je me suis quand même posé des questions sur la vidéo. Des millions de gens voient un événement mystérieux, et il n’y en a qu’un seul pour le photographier? ça aussi, c’est rare.
Alors j’ai cherché des sources un peu plus crédibles que les centaines de sites conspirationnistes qui se refilent la vidéo comme un morpion transgénique.
Il était une fois une vidéo
Tout a commencé par une vidéo filmée avec un téléphone portable à l’ouest de Moscou, sur le périphérique, et envoyée sur le site de mreporter.ru, une sorte de youtube russe pour les reporters amateurs.
La vidéo a été postée sur mreporter le 07 octobre à 13H44 et elle aurait été filmée à midi. Gardez l’info en tête, elle a son importance.
Sur mreporter, les commentaires en russe (merci google trad) confirment que le ciel était étrange ce jour-là :
1. un premier témoin explique qu’il a appelé la station météo et qu’on lui a répondu qu’une tornade s’était dirigée vers Moscou et avait ensuite disparu. Un hélicoptère aurait été envoyé pour analyser le nuage.
2. Un autre internaute confirme qu’il a vu l’hélicoptère mais que ce n’est pas du tout la saison des tornades.
3. Un troisième témoin a observé que l’hélico a fait un cercle rapide près du nuage et est reparti.
Un hélicoptère envoyé pour surveiller un nuage? Très Independance day, ça.
La vidéo circule alors rapidement sur le net et personne n’a d’explication sur le nuage. Heureusement que le gouvernement russe veille au grain.
Les médias entrent en scène
Le soir même, à 19h00, le site internet de Vesti, la chaîne d’infos de l’État, publie un article rassurant. Vesti cite curieusement le commentaire de l’internaute à qui la station météo a parlé d’une tornade fantôme.
ovni? Oiseau? Hélico?
Problème: cet article est paru une demi-heure après que l’internaute en question a parlé de la tornade. Pourquoi le journaliste n’a-t-il pas demandé confirmation auprès de la station météo? A moins que le commentaire de l’internaute soit arrivé comme un cheveu sur la soupe et qu’il a bien fallu en faire quelque chose.
Pendant ce temps, des internautes aux yeux de lynx ont repéré un point noir bizarre volant autour du halo. Ovni, oiseau, hélico? Vesti laisse ça de côté et ne mentionne même pas l’hélico envoyé en repérage. Ha mais c’est vrai, quand le journaliste a écrit son article, l’histoire de l’hélico n’avait pas encore été postée sur mreporter.
La chaîne présidentielle diffuse le soir-même la vidéo avec une explication rationnelle. Sur le net, des rumeurs parlent du projet HAARP ou d’une expérience secrète, comme au bon vieux temps soviétique.
Le lendemain 8 octobre à 14h et des poussières, le site de Vesti rajoute donc une couche, avec les commentaires d’un spécialiste du Service d’hydrométéorologie national: on parle d’un simple effet d’optique et d’un trou créé par la rencontre de plusieurs fronts et d’un courant venant de l’Arctique.
Ok, mais… Où est passée cette fichue tornade?
Pouf, on n’en parle plus! Et un problème d’éliminé, un!
Par contre le spécialiste justifie l’illusion d’optique en expliquant que si on regarde bien la vidéo, on peut voir les rayons du soleil couchant… Vous vous souvenez de l’heure à laquelle le nuage a été filmé? Midi. Moi, j’appelle ça une méga boulette.
En ensuite? La machine à fabriquer des infos se met en mode rouleur compresseur. Des sites internet et des télés russes répètent en boucle les explications de la chaîne du gouvernement et les médias anglais prennent le relais au niveau mondial. Sauf que sur youtube, on frôle l’hystérie collective.
Et pendant tout ce temps, personne ne demande aux moscovites ce qu’ils ont vu.
J+2: tout va très bien, madame la marquise
9 octobre. 15HSoit deux jours après le halo mystérieux. Vesti rabâche encore « ce n’est qu’un nuage, dormez bonnes gens », à la fois sur sa radio (quand on vous dit que la voix du peuple, c’est eux) et sur le site internet. Cette fois, pas de petit météorologue qui ne sait même pas quand le soleil se couche. Vesti a enrôler une éminente spécialiste du centre d’observation du temps (FOBOS) pour expliquer comment s’est formé le trou dans le nuage. Trois jours pour expliquer le phénomène, ce sont des rapides. Re-speech sur l’absence de lien entre halo circulaire et pollution. Et petite phrase qui a dû sonner désagréablement dans l’oreille de beaucoup de russes: pour l’instant, on ne sait pas si cela peut avoir des effets négatifs sur la santé humaine.
La question qui vaut son pesant de roubles: COMMENTUNEFFET D’OPTIQUEDANSUNNUAGEPOURRAITAVOIRDESEFFETSNEGATIFSSURLASANTE?
Oups, voilà que moi aussi je suis pris de conspirationniste aigue, j’écris tout en majuscules et bientôt ça sera en gras et en rouge.
Et où sont les témoignages des habitants?
Circulez, y a rien à voir
Alors le soir-même Vesti revient lourdement sur le sujet, sur le ton de « la météorologie de Moscou ne cessera jamais de nous étonner, ha ha ha.«
Et là on insiste sur le fait que le halo n’a duré que 15 petites minutes. Et puis d’ailleurs ce n’est pas un nuage, mais un écart entre des nuages. Et coincé entre deux tranches de bulletin météo, une petite info: certains habitants de la ville (internautes?) ont crû à une invasion extraterrestre. C’est vrai aussi que depuis quelques mois, de plus en plus de russes et d’habitants de pays de l’est parlent de lumières étranges dans le ciel, de nuages bizarres et d’objets volants. Il va bien falloir en parler, à un moment ou un autre, non?
Monsieur météo pense alors faire diversion pour évacuer la thèse ovni et commet sa deuxième grosse boulette: au début, il a pensé à une dispersion mécanique des nuages où on aurait un peu trop forcé sur la dose de produits chimiques (on ensemence les nuages avec des produits chimiques ou du sel pour que le pluie tombe).
Là, on comprend mieux le message diffusé un peu plus tôt qui expliquait que le nuage n’était pas dangereux. Et on se demande sérieusement si ce n’est pas ça, le fond de l’histoire. Parce que franchement, les scientifiques ont surtout l’air d’avoir été pris de court par un événement inattendu et de ne pas avoir beaucoup d’infos sur ce qui s’est vraiment passé. D’où, sans doute, le fait que plus personne ne reparle de cette embarrassante tornade fantôme.
Enfin une autre image du mystérieux nuage!
Le 29 octobre, soit 22 jours après l’apparition du nuage troué, une nouvelle image débarque mystérieusement sur mreporter. Tiens, c’est marrant, on dirait que le soleil se couche. Et puis tiens, il est vachement moins impressionnant ce nuage. Là, on peut se dire qu’était vraiment un effet d’optique. Ouf, on a eu peur.
Vous croyez vraiment tout ce qu’on vous dit? Le diable se cache dans les détails.
Enième boulette du gouvernement russe : la photographie a été prise le 7 octobre, à 13h (heure de moscou), soit une heure après la vidéo du nuage. Vous voyez ce beau cercle? Il nous dit gentiment que le trou dans le nuage a duré plus d’une heure, alors que les scientifiques affirmaient que toute l’affaire n’avait duré que 15 minutes. Et si le nuage est apparu à l’heure du déjeuner, pourquoi le ciel est-il rose comme en fin de journée?
Un mois plus tard, il reste toujours des points d’interrogation
Moscou est la ville la plus peuplée d’Europe (10,22 millions d’habitants) et le nuage était visible au moment où les gens sortent du bureau pour déjeuner. Cette simple réalité m’amène à me poser plusieurs questions:
1. Pourquoi aucune autre image ou vidéo de ce nuage n’a été publiée?
2.Pourquoi aucun média n’a enquêté sur cette mystérieuse tornade fantôme qui a précédé l’apparition du nuage?
3. Est-ce qu’il existe d’autres témoignages? Et si oui, où sont-ils passés?
Sérieusement, à l’heure ou les gens photographient tout et n’importe quoi pour ensuite le balancer sur des sites type youtube, j’ai vraiment du mal à croire au trou dans un nuage que pratiquement personne n’aurait vu. Et un ciel d’apocalypse visible pendant près d’une heure, au-dessus de la capitale, sans qu’aucune chaîne de télé locale ou étrangère ne pense à immortaliser l’instant, ça me semble tout aussi peu crédible. Mais s’il ne s’agit pas d’un canular, cela veut dire que quelque chose s’est produit au-dessus de Moscou et que la Russie est suffisamment puissante et bien organisée pour que rien ne filtre. Et là, je ne sais pas pourquoi, je ne me sens pas du tout rassuré par cette possibilité.
Un message subliminal est un stimulus incorporé dans un objet, conçu pour être perçu à un niveau au-dessous du niveau de conscience.
Des chercheurs du University College de Londres ont récemment découvert que des personnes réagissent inconsciemment à des flashs d’images et de mots, surtout si leur contenu est négatif. Ces flashs changent leur pensée et peuvent altérer l’humeur.
« Nous avons montré que les gens peuvent percevoir la valeur émotionnelle de messages subliminaux et avons démontré de façon concluante que les gens sont beaucoup plus réceptifs aux mots négatifs », a dit le professeur Nilli Lavie, qui mena la recherche.
Le professeur Lavie croit que la capacité à relever de façon subconsciente des signaux flottants pourrait s’être développée comme une façon de déceler les menaces dans notre environnement : « Nous ne pouvons pas attendre que notre conscience nous pousse si nous voyons quelqu’un courir vers nous avec un couteau », dit-elle.
Deux mois que l’œil de verre du président Simons regarde la France de travers. Deux mois de soupçons et d’anathèmes, de chasses à l’homme et de confessions ad nauseam.
Où est-elle, cette insurrection dont tout le monde parle mais que personne ne voit ? Que contient-elle vraiment, cette révolte offerte comme un vulgaire baril de lessive, avec son bonus en plastique et son parfum cheap ?
Dans les rues de Paris, rien ne résonne si ce n’est l’habituel vacarme des légions casquées. C’est une paix métallique que l’on nous a vendu. Et nous nous réveillons, secrètement. Floués. Le corps rompu. Dans de sales draps.
Ce matin, les journaux télévisés se sont rassasiés des incidents qui auraient eu lieu à Paris, à la fin des célébrations du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin.
Entre autres réjouissances musicales, la soirée fut ponctuée de « Zemly vérité! » et « Vaillon démission » qui saluèrent l’apparition puis l’escamotage du premier ministre.
Les enfants sauvages riaient. L’œil de Simons était sur eux.
D’après TN1, hier à minuit, des jeunes encagoulés, vêtus de noir, munis de briques et de marteaux, des anarchistes en somme, auraient remonté les Champs-Élysées. Admirez comme tout cela est précis.
Hier, à minuit. Que signifiait l’Arc de Triomphe ?
«Trois cents arrestations. »
J’étais là.
Place de la Concorde. Mes habits noirs ne sont pas ceux des anarchistes. Je suis anonyme entre les anonymes. Nous chantons. Nous sommes légions. Nous sommes en marche.
Voix publiques. Zemly vérité ! L’œil de Simons est sur nous.
Refus de circuler ? Désordre. Des ordres.
L’œil de Simons est sur moi.
Fumées. A terre. Tes mains. Debout. Entre. Assis. Sors. Entre. Assis. Papiers. Ta bouche. ADN. Ta bouche. Dehors.
Aujourd’hui.
Malgré nos yeux cernés et nos vies empoignées, nous savons que Cherny Zemly, l’homme à l’oiseau noir et tous ces ennemis inconnus n’ont aucune importance. Concorde, Triomphe ou champ de bataille, ne voyez qu’un énième simulacre d’évènement. Des images prétextes dont l’obscénité n’existe que pour précéder, et donc justifier, une nouvelle loi de méfiance. Leurs lois. Nos vies.
L’insurrection est –elle un jeu ? Alors jouons ensemble.
Action. Agiter le chiffon rouge du chaos.
Réaction. La peur paralyse ceux qui croient avoir tout à perdre.
Écran noir. Dormez.
Action. Déployer la puissance de l’Ordre dans un spectacle permanent.
Réaction. La foule hypnotisée rêve d’avoir encore quelque chose à perdre.
Écran noir. Dormez.
Action. Ignorer que ceux qui n’ont plus rien à perdre se moquent des triomphes et des murs.
Réaction. Ne pas voir que l’insurrection est déjà là.
« La police invite toute la population du secteur d’Elm Terrace à procéder comme suit : Que dans chaque rue chaque habitant de chaque maison ouvre sa porte côté rue ou côté jardin ou regarde à ses fenêtres. Le fugitif ne peut s’échapper si chacun regarde dehors dans la minute qui suit. Prêts ! «
Ray Bradbury, Fahrenheit 451, 1953
Aujourd’hui, la France est le premier pays à avoir montré les dérives d’un système pseudo ludique combinant vidéo surveillance et présomption de culpabilité.
Ce matin, l’un des complices présumés de L.M de Chernie a presque été arrêté grâce à des vidéos de surveillance piratées. Cette improbable traque, qui tient le pays en haleine depuis trois semaines, est à la fois illégale et immorale. Elle se déroule pourtant avec l’accord tacite des autorités, comme dans la pire des dystopies.
Selon un récent rapport du gouvernement américain, les victimes de la grippe pourraient embouteiller le réseau internet, en multipliant les connexions « gourmandes » comme le téléchargement de vidéos ou les jeux en ligne. Il serait alors impossible de communiquer ou d’effectuer des transactions vitales pour la sécurité publique et l’économie.
Le département de la Sécurité Intérieure, chargé des télécommunications en cas d’urgence nationale, ne dispose cependant d’aucune stratégie pour faire face à une explosion des connexions à internet. L’état d’urgence ayant été déclaré le 24 octobre dernier, la saturation du réseau devrait donc être atteinte avant la mi-novembre.
Pour l’heure, les États-Unis restent les seuls à envisager sérieusement cette conséquence de l’épidémie de grippe.
Puissance. L’individu capté par la foule est un héros ordinaire pour qui l’impossible n’existe pas.
Celui-ci, qui se croyait faible, se découvre invincible par la seule force du nombre. On le disait invisible et le voilà, partout, ivre de sa propre voix. Il n’est plus perdu. Il sait.
Je sais que tu sais que je sais qu’ils savent que nous savons… Puisqu’on nous le dit.
Contagion. Comme le prouvent les rumeurs toujours croissantes, les esprits s’allument sur la place.
Que scande-t-on, les soirs de grands bals ? Je suis le maître du jeu.
L’ennemi est désigné.
Crédulité. Parmi nous, entre nous, contre nous… Il se chuchote comme un cri de ralliement.
Ils ne savent pas à qui ils ont affaire ! C’est la hache de Damoclès qui plane sur leurs têtes.
Et chacun cède joyeusement à ses instincts refoulés.
Ce n’est déjà plus de la haine, c’est de l’horreur ; on ne menace plus, on écume.
Mais qui sont ces féroces soldats qui sifflent sous nos fenêtres ? Chantonne le père Ubu.
Des automates.
La poitrine grande ouverte, ils laissent toucher le mécanisme de leur volonté et la poussière de leurs vertus.
On en rit encore, à la Lanterne.
Et pourtant… La peste est notre affaire à tous.
La création des légendes qui circulent si aisément parmi les foules n’est pas seulement le résultat d’une crédulité complète, mais encore des déformations prodigieuses que subissent les événements dans l’imagination d’individus assemblés. L’événement le plus simple vu par la foule est bientôt un événement défiguré. Elle pense par images, et l’image évoquée en évoque elle même une série d’autres sans aucun lien logique avec la première, Nous concevons aisément cet état en songeant aux bizarres successions d’idées où nous conduit parfois l’évocation d’un fait quelconque. La raison montre l’incohérence de pareilles images, mais la foule ne la voit pas ; et ce que son imagination déformante ajoute à l’événement, elle le confondra avec lui. Incapable de séparer le subjectif de l’objectif, elle admet comme réelles les images évoquées dans son esprit, et ne possédant le plus souvent qu’une parenté lointaine avec le fait observé.
Du moment qu’ils sont en foule, l’ignorant et le savant deviennent également incapables d’observation.
Gustave Le Bon, « Psychologie des foules », (1895).
Ma complice cyborbloggueuse ayant joyeusement détricoté toutes les jolies petites ondes qui tournent autour de nos têtes, ici et là, je n’allais pas rester insensible à la question.
Alors, les ondes, ça vous gratouille ou ça vous chatouille?
Doctopédia : La sensibilité électromagnétique (ou électro-sensibilité, ou électro-hypersensibilité est un trouble dans lequel une personne subit des symptômes physiques ou psychologiques qui sont causés ou aggravés par des champs ou des ondes électromagnétiques.
En gros, les gens allergiques aux ondes électromagnétiques sont plutôt mal barrés, vu qu’on est complètement cernés par elles. Stress, insomnie, envies suicidaires, migraines… L’enfer à portée d’ondes!
Il a même des gens qui en souffrent tellement qu’ils sont obligés de fuir la ville.
Perso, j’ai tendance à ricaner quand quelqu’un me dit que l’antenne-relais du quartier l’empêche de dormir. Mais la semaine dernière les ondes trop fortes d’un portique de sécurité ont déréglé mon implant cochléaire, et depuis j’ai des acouphènes, je me sens tout patraque et je me demande si je ne suis pas victime de ces fichues ondes, moi aussi. D’après mon médecin, tout est ok, d’après ma cobloggueuse, ça surchauffe grave sous mon casque de cyborg. Mouais.
Et la tête, elle va bien la tête?
Bah en Suède, pas trop. 230000 personnes (2,5% de la population!) disent souffrir d’hypersensibilité électromagnétique. C’est énorme. Bizarre bizarre, beaucoup d’entre eux travaillent pour des compagnies de télécommunications ou des constructeurs de portables. Le gouvernement suédois, dans sa grande sagesse, reconnait officiellement que l’hypersensibilité aux ondes est un handicap. En France, c’est pas demain la veille que ça arrivera.
En surfant sur le ouèbe, j’ai aussi déniché une déclaration de l’ancienne premier ministre norvégienne Gro Harlem Brundtland. Madame dit que les ondes lui font souffrir le martyr. Elle est aussi médecin et ex directrice générale de l’OMS: « Certaines personnes développent une sensibilité à l’électricité et aux radiations d’équipements tels que les téléphones portables et les PC. Si cette sensibilité peut amener à être confronté à des effets sur la santé comme le cancer ou d’autres maladies, nous ne le savons pas encore. Mais je pense que nous devrions suivre le principe de précaution, surtout pour nos enfants ».
Malgré ça, l’hypersensibilité, l’OMS n’y croit pas. Ou a d’autres chats à fouetter. Ou a intérêt à regarder ailleurs. Bref, rien n’est fait pour étudier le cas des hypersensibles et trouver une solution.
L’évolution n’avait pas prévu le téléphone portable!
Retour en Suède avec le professeur Olle Johansson de l’institut Karolinska. D’après lui, les champs électromagnétiques perturbent notre système immunitaire.
Celui-ci s’est développé sous l’influence des radiations du soleil et du champ électromagnétique statique de la Terre, pas avec les ondes électromagnétiques qu’on utilise dans tous nos gadgets ultra modernes. Le système immunitaire des gens électrosensibles réagit en fait de façon exagérée à des agressions d’un type inconnu. Un peu comme les personnes qui sont allergiques à la poussières ou à des médicaments. Sauf que les champs électromagnétiques traversent tout notre corps. Ouch!
Et demain, on aura quoi? Des centaines de millions de personnes trop malades pour bosser ou pour faire leurs courses, qui passent leur journées chez le médecin et leurs vacances chez le psy… Pas joyeux tout ça mais au moins ils auront plus de temps pour faire joujou avec leur portable dernier cri. Tellement dernier cri que faudra pas vous étonner si on finit par trouver sur une pierre tombale: Iphone m’a tuer.
Le rhume des ondes, plus dangereux que la grippe H1N1? Amis cyborgs, ouvrons l’œil.
Comprendre la foule, c’est comprendre comment la manipuler. Il s’agit de capturer l’âme collective.
Nous avons dit qu’un des caractères généraux des foules est une suggestibilité excessive, et montré combien, parmi toute agglomération humaine, une suggestion est contagieuse ; ce qui explique l’orientation rapide des sentiments vers un sens déterminé.