Au-delà de ce monde de colère et de larmes,
Ne plane que l’horreur de l’ombre.
Et pourtant la menace du Temps
Me trouve et me trouvera, sans peur.
William Ernest Henley, Invictus
Tous les animaux connaissent la peur. Et tous peuvent apprendre à nier l’évidence du danger.
Une expérience conduite par des psychologues de l’université d’Austin, au Texas, a permis de guérir des rats dressés à associer un son particulier avec une décharge électrique.
La méthode est simple. D’abord, on rejoue le son, une seule fois, pour déstabiliser la mémoire. Aucune décharge électrique ne succède au son. Une heure plus tard, on rejoue ce son de façon répétitive.
A la fin, les rats peuvent entendre le son sans avoir peur. Mieux : ils sont à présent plus lents que d’autres rats pour réapprendre à craindre la décharge électrique. Malgré la douleur, le son ne produit chez eux qu’un sentiment de sécurité.
Ces chercheurs souhaitent poursuivre l’expérience avec des êtres humains.
Cela est inutile. Nous en connaissons déjà le résultat.
Depuis l’Appel du 9 septembre et la mise en place, par Simons et ses sbires, de mesures d’exception légitimant une surveillance généralisée, nous vivons comme ces rats de laboratoire.
D’abord, ils nous ont appris la peur. Une peur collective et irrationnelle, nous faisant voir des ennemis dans chacun de nos voisins. Elle a engendré une hystérie digne des périodes les plus sombres de notre histoire. Des femmes et des hommes, parce qu’ils réclamaient la vérité au sujet de Cherny Zemly, ont été déshonorés, pourchassés, lynchés par les médias. Ils ont été abandonnés par le peuple quand ils ne luttaient que pour lui. Certains en sont morts.
Puis, par un fantastique tour d’illusionniste, le Nouvel Ordre nous a appris l’indifférence. Un calme inquiétant a succédé à la tempête. En quelques petits mois, les individus qui décident de notre avenir ont réussi à nous faire oublier que notre survie dépend de notre capacité à reconnaître les dangers qui nous menacent.
Pour pouvoir nous sauver, il nous faudrait, comme des rats de laboratoire, réapprendre à avoir peur. Mais il ne s’agit plus d’éprouver la peur imbécile de celui qui a peur de son ombre alors qu’il marche en pleine lumière.
Il est urgent de nous souvenir de toutes ces routes maudites que nous avons prises et qui ne menaient nulle part.
La peur qui nous a saisi, enfin, lorsque nous avons compris que notre guide était aussi notre bourreau, cette peur nous a sauvé. Elle nous a appris qu’il est parfois nécessaire de mordre la main de son maître.
Pierre Anvers ne doit pas être mort pour rien.
Zemly vérité ! Nous devons retrouver l’homme à l’oiseau noir.
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Il est vrai que nous vivons des Temps, nous dit-on, des Temps où les révoltes ne s’écrivent pas sur les murs et ne se crient pas dans la rue. Cela ne se fait plus, voyons. Il fait trop froid. C’est un temps anesthésique.
Il est vrai que si révolte il y a, si cela peut être encore possible, nul ne l’entend.
Ne voyez-vous pas à la Lanterne, celui dont l’Appel nous laisse sans voix ? Qu’entend-il de nous, lui ? Le murmure de nos claviers ? Le bruit des langues qui claquent quand tous les mots sont usés ? Quel est le mot de code ? Chut ! Clac. Cent un mots que nous échangeons, et pas un qui semble à la hauteur de ce silence. Mais à quoi pense-t-on ? A rien. Vraiment. Sincèrement. Ce ne sont que des petits mots que nous stockons comme des coupons de réduction pour une braderie improbable, où tout sera trop grand et trop petit, trop laid et trop futile. Ce ne sont que des justifications pour faire traîner les choses, puisque nous savons bien que nous n’irons pas, là-bas.
Il est vrai que nous vivons un jour sans fin, ou plutôt l’une de ces après-midis grises et ternes où l’on sait que toutes les promesses sont ajournées. C’est un jour triste, il n’y a plus personne à appeler et tout ce qui devait être lu a été écrit.
Mais nous n’admirons ni le mouvement lent des girouettes ni les feuilles froissées que le vent mauvais nous apporte. Nous comptons. Nous recomptons. Nous biffons les grâces passées et les messes dites. Tranquillement.
Il est vrai que nous vivons des temps où les murs n’écrivent plus aucune révolte. Où toutes les voix qui devaient se faire entendre ne parlent que d’issues de secours. C’est un temps sale, nous disons, un temps de naufrage.
N’est-ce pas là que tout commence ?
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En politique rien n’arrive pas accident. Si quelque chose se produit, vous pouvez parier que cela a été planifié de cette façon.
Franklin Delano Roosevelt
Se créer les ennemis dont on a besoin.
C’est le plus vieux tour. Celui qui marche toujours.
Un jour, un homme résolu de s’emparer de Rome. Mais la République était solide.
Crassus avait besoin d’un ennemi. Il choisit Spartacus.
Le gladiateur était à la tête d’une armée d’esclaves. Il était un ennemi convaincant.
Mais Spartacus et sa bande ne voulaient pas de Rome. Ils voulaient leur liberté. Une flotte mercenaire devait les emmener loin de Rome. Elle partit sans eux : Crassus l’avait achetée.
Cerné par les soldats de Crassus, les esclaves n’eurent d’autre choix que de marcher sur Rome.
La République, tremblante, confia ses armes et son destin à l’ambitieux politicien. Spartacus mourut l’épée à la main. Six mille esclaves furent crucifiés.
Les Romains ne récupérèrent jamais leur République.
Crassus
Comme sont morts ces esclaves, ainsi mourra votre racaille…
Si elle manque un instant de loyauté envers le nouvel ordre établi.
Les ennemis de l’État sont connus.
Des arrestations sont en cours. Les prisons commencent à se remplir.
Dans chaque ville et province sont dressées des listes de traîtres.
Demain ils apprendront le prix de leur terrible folie…
Leur trahison.
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Au pays des réseaux sociaux et des échanges nomades, il existe une rumeur folle : tout ce que vous pourrez dire sera retenu contre vous.
En septembre dernier, deux jeunes franconvillois ont été suspectés de terrorisme. Ils s’étaient amusés, par SMS, à imaginer la préparation d’un entartrage visant Simons. L’opérateur mobile de l’un des jeunes avait alerté la police antiterroriste.
La rumeur dit vrai. D’une façon ou d’une autre, nous sommes tous surveillés.
Aujourd’hui, une nouvelle rumeur affirme que des personnes disparaissent après avoir posté des messages sur Twitter ou Facebook. L’histoire est si absurde qu’elle confine au fantasme.
Vendredi 15 janvier, à Paris, un homme aurait été bloqué par des CRS alors qu’il se rendait sur son lieu de travail, près des Grands Boulevards. La raison de ce blocage reste floue mais la proximité des grands magasins laisse supposer une alerte à la bombe. Ou la sortie incongrue d’une première dame faisant les soldes.
Connecté à un site de microblogging grâce à son téléphone portable, l’homme immobilisé laissait éclater sa colère contre les CRS, le gouvernement en place et l’omni-président. Il fit le parallèle avec l’agression à moitié réussie (ou ratée, on ne sait plus) qui secoue la France depuis près de quatre mois. L’homme rappela à ses amis invisibles qu’un touriste inconnu aurait filmé l’un des gardes du corps faisant un discret signe du menton à Cherny Zemly. Il affirmait que le touriste, c’était lui.
Il se trouvait toujours là, sur le trottoir, lorsqu’il fut arrêté. L’un de ses collègues, bloqué lui aussi par le barrage, avait vu la scène de l’autre côté du trottoir.
Et depuis une semaine, plusieurs personnes se demandent où se trouve Jacques Chambret. La police parisienne n’a ni confirmé, ni réfuté son arrestation.
Est-ce une légende urbaine en pleine éclosion ou faut-il s’attendre, vraiment, à d’autres disparitions ?
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Je vois de l’absurde dans ma rue et dans ma vie.
Un passage pour piétons menant à une porte condamnée, un employeur me demandant de capturer une licorne rose… L’absurde est ce qui n’a aucun sens.
Un jour seulement, une bulle d’irrationalité éclate.
Des figures de cire s’animent et le grincement de leurs rouages devient un refrain moqueur : nous aussi, nous courons pour rester à la même place.
L’absurde est cet élixir du diable qui nous permet de passer de l’autre côté du miroir. Le pourquoi s’élève et tout commence dans cette lassitude teintée d’étonnement.
De l’autre côté du miroir, le hasard n’existe pas et notre existence est programmée par de nouveaux dieux de l’Olympe. Cruels et insensibles, ils sont pourtant terriblement humains dans ce qu’ils recherchent : le pouvoir, l’argent, la soumission sans questionnement. Trop humains ? Nés sur une planète lointaine ou descendants d’une antique confrérie, ils ont le visage de nos tyrans disparus.
Les conspirations fantasmées et nos expériences historiques coexistent à présent dans une zone grise où dansent les ombres de nos marionnettistes.
Sommes-nous, encore et toujours, cette même foule aveugle ?
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« Et, au fait, quiconque, ayant conquis un État accoutumé à vivre libre, ne le détruit point, doit s’attendre à en être détruit. Dans un tel État, la rébellion est sans cesse excitée par le nom de la liberté et par le souvenir des anciennes institutions, que ne peuvent jamais effacer de sa mémoire ni la longueur du temps ni les bienfaits d’un nouveau maître. Quelque précaution que l’on prenne, quelque chose que l’on fasse, si l’on ne dissout point l’État, si l’on n’en disperse les habitants, on les verra, à la première occasion, rappeler, invoquer leur liberté, leurs institutions perdues, et s’efforcer de les ressaisir. »
Nicolas Machiavel (1515) Le Prince
A ceux qui pensent que tout est pour le mieux tant que le pire est évité, nous disons : Souvenez-vous !
C’était un matin de défaite, et le grand corps malade de la cité n’en finissait pas de vaciller. Trente tyrans fondaient sur Athènes. C’était aisé, l’hydre vieillissante avait perdu le souvenir d’elle-même.
La proposition, faite au peuple à genoux, était de créer un nouveau régime. Puisque le système ne fonctionnait plus, puisque la guerre et l’économie réduisaient tous les lauriers en cendres, alors il fallait s’en remettre à la sagesse des ancêtres. Mais qu’avaient-on hérité, de ces ancêtres mythiques ? Tout. La valeur et le courage. Le respect de l’ordre. Une certaine idée de la liberté…
C’était donc pour le salut public, qu’il fallait remettre le pouvoir entre les mains de quelques uns.
Propagande. Les Trente investissaient la mémoire collective et en nourrissaient leur puissance.
Tous les bons citoyens présents dans l’assemblée, comprenant la manœuvre et sentant leur impuissance, ou bien restèrent en gardant une attitude passive, ou bien se retirèrent. Ils pouvaient du moins se rendre cette justice qu’ils n’avaient rien voté de néfaste pour la cité. Un petit nombre de citoyens lâches, malintentionnés, adoptèrent à main levée les mesures qu’on leur dictait.
Trier. Épurer. Traquer les mauvaises idées et les mines suspectes. Réduire le nombre de citoyens, ne garder que les meilleurs, ceux qui le méritent vraiment.
Exiler effacer exécuter.
Renier.
Créer les lois pour mieux désigner les hors la loi. Flatter avec le bout de la cravache. Jeux. Concevoir le vivre ensemble comme une gigantesque entreprise de surveillance collective.
Que disait-on, alors ? Ils voient vos malheurs d’un si bon œil que, tantôt, ils les savent avant tout le monde, tantôt ils en inventent.
« Ces actes faisaient plaisir aux citoyens qui croyaient que les Trente agissaient pour le bien de la cité. »
Aristote
C’était il y a 2 400 ans. La démocratie athénienne mourrait; les hommes au pouvoir étaient devenus une force d’occupation. Puis, un jour, un général en exil revint pour tout renverser.
Et ensuite ? Socrate bu la cigüe et tous en moururent.
Zweckpropaganda. Le messager athénien s’en est allé.
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Comment fêter les quarante ans d’Internet ? En rappelant son origine militaire.
Entre le 5 et le 14 décembre, le DARPA (agence américaine pour les projets de recherche avancée de défense) a organisé une chasse au trésor pour examiner les rôles que jouent Internet et les réseaux sociaux dans la communication et la mobilisation des populations lors de situations critiques.
Il n’a fallu que deux heures aux cinq mille participants pour retrouver les dix ballons météorologiques rouges dispersés aux États-Unis.
Ironie ? Depuis soixante ans, le ballon météorologique est synonyme de leurre, pour les ufologues.
Le pouvoir de la foule
Faire appel aux internautes pour résoudre une tâche donnée était jusqu’à présent associé avec l’altruisme désintéressé. Cette technique, le crowdsourcing, permet de fragmenter et de rendre abstraite la véritable signification des tâches. En y mêlant propagande et désinformation, c’est un moyen efficace pour manipuler des citoyens.
Le concours de DARPA, le jeu Internet Eyes et la traque de l’Homme à l’oiseau noir nous montrent que les populations peuvent être utilisées pour étendre la capacité de surveillance d’un état.
Il suffit de quelques images truquées, d’une poignée de témoins récitant leurs textes pour que les foules hypnotisées traquent des ennemis imaginaires.
Mais, de l’autre côté du miroir… Qui garde les gardiens ?
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Un message subliminal est un stimulus incorporé dans un objet, conçu pour être perçu à un niveau au-dessous du niveau de conscience.
Des chercheurs du University College de Londres ont récemment découvert que des personnes réagissent inconsciemment à des flashs d’images et de mots, surtout si leur contenu est négatif. Ces flashs changent leur pensée et peuvent altérer l’humeur.
« Nous avons montré que les gens peuvent percevoir la valeur émotionnelle de messages subliminaux et avons démontré de façon concluante que les gens sont beaucoup plus réceptifs aux mots négatifs », a dit le professeur Nilli Lavie, qui mena la recherche.
Le professeur Lavie croit que la capacité à relever de façon subconsciente des signaux flottants pourrait s’être développée comme une façon de déceler les menaces dans notre environnement : « Nous ne pouvons pas attendre que notre conscience nous pousse si nous voyons quelqu’un courir vers nous avec un couteau », dit-elle.
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Qu’on en commun les changements climatiques, les faillites de systèmes financiers et les changements radicaux de régime politique? Ils sont tous précédés par des signaux d’avertissement précoces.
Ses signaux sont parfois si faibles qu’il faut en appeler à la mémoire collective, à celle qui imprègne les terres comme les esprits .
Pas de fumée sans feu, dit-on. Cela, sans doute, les premiers hommes l’apprirent avant même de maîtriser le feu. Mais qui nous brûle ?
Situation critique ? Tous les systèmes complexes, et la société humaine en est un, disposent de points sensibles autour desquels les changements s’organisent. C’est en repérant ces points que l’on peut détecter un stade de transition critique.
Cela est d’autant plus vrai pour les bifurcations catastrophiques qui font radicalement diverger un système vers une nouvelle organisation dès qu’un certain nombre de ces points clefs a été atteint.Ne dit-on pas parfois, que toutes les conditions étaient réunies pour que ça bascule ?
Que nous dit, aujourd’hui, la rumeur de la conscience collective ? Des mots reviennent, des exclamations. Assez ! Jusqu’à quand se moquera-t–ils de nous? Ils croient vraiment qu’ils peuvent tout nous faire avaler !
Exaspération. Colère. Mouvement.
La tectonique des plaques. Un système peut également glisser de façon permanente vers un état altéré, si un lent changement sous-jacent persiste. Mais à chaque nouveau glissement, une sonnette d’alarme retentit. C’est la triste leçon des tremblements de terre. Ce qui était annoncé n’a pas été entendu.
Épilepsie. Les crises d’épilepsie et les attaques d’asthme sous annoncées par des signaux discrets. Nous manquons d’air, mais si nous nous étions écoutés, nous aurions pu nous en apercevoir plus tôt.
Les crises d’épilepsie arrivent lorsque des cellules neurales voisines se mettent à émettre de façon synchrone. Des minutes avant la crise, une certaine variance apparait dans les signaux électriques enregistrés par l’encéphalogramme.
Les ruptures dans les marchés financiers ont aussi des alertes précoces.
Dans un changement politique important, de ceux qui entraînent tout un pays vers une idéologie d’on il ne voulait pas, au fond, l’enjeu est double : certains voudront découvrir ces points, pour les éliminer. D’autres, conscients de la nécessité des mouvements souterrains, qui permettent de maintenir la possibilité d’un autre changement, chercher eux aussi à retrouver ces points, pour les protéger. C’est aussi simple que cela.
N’oublions pas, nous ne sommes que des points sur une carte. Chaque voix qui s’élève annonce un changement. Ne dit-on pas: qui sème le vent récolte la tempête.
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Deux mois.
Deux mois que l’œil de verre du président Simons regarde la France de travers. Deux mois de soupçons et d’anathèmes, de chasses à l’homme et de confessions ad nauseam.
Où est-elle, cette insurrection dont tout le monde parle mais que personne ne voit ? Que contient-elle vraiment, cette révolte offerte comme un vulgaire baril de lessive, avec son bonus en plastique et son parfum cheap ?
Dans les rues de Paris, rien ne résonne si ce n’est l’habituel vacarme des légions casquées. C’est une paix métallique que l’on nous a vendu. Et nous nous réveillons, secrètement. Floués. Le corps rompu. Dans de sales draps.
Ce matin, les journaux télévisés se sont rassasiés des incidents qui auraient eu lieu à Paris, à la fin des célébrations du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin.
Entre autres réjouissances musicales, la soirée fut ponctuée de « Zemly vérité! » et « Vaillon démission » qui saluèrent l’apparition puis l’escamotage du premier ministre.
Les enfants sauvages riaient. L’œil de Simons était sur eux.
D’après TN1, hier à minuit, des jeunes encagoulés, vêtus de noir, munis de briques et de marteaux, des anarchistes en somme, auraient remonté les Champs-Élysées. Admirez comme tout cela est précis.
Hier, à minuit. Que signifiait l’Arc de Triomphe ?
« Trois cents arrestations. »
J’étais là.
Place de la Concorde. Mes habits noirs ne sont pas ceux des anarchistes. Je suis anonyme entre les anonymes. Nous chantons. Nous sommes légions. Nous sommes en marche.
Voix publiques. Zemly vérité ! L’œil de Simons est sur nous.
Refus de circuler ? Désordre. Des ordres.
L’œil de Simons est sur moi.
Fumées. A terre. Tes mains. Debout. Entre. Assis. Sors. Entre. Assis. Papiers. Ta bouche. ADN. Ta bouche. Dehors.
Quelles briques ? Quels marteaux ? Quels fumiers.
Aujourd’hui.
Malgré nos yeux cernés et nos vies empoignées, nous savons que Cherny Zemly, l’homme à l’oiseau noir et tous ces ennemis inconnus n’ont aucune importance. Concorde, Triomphe ou champ de bataille, ne voyez qu’un énième simulacre d’évènement. Des images prétextes dont l’obscénité n’existe que pour précéder, et donc justifier, une nouvelle loi de méfiance. Leurs lois. Nos vies.
L’insurrection est –elle un jeu ? Alors jouons ensemble.

Action. Agiter le chiffon rouge du chaos.
Réaction. La peur paralyse ceux qui croient avoir tout à perdre.
Écran noir. Dormez.
Action. Déployer la puissance de l’Ordre dans un spectacle permanent.
Réaction. La foule hypnotisée rêve d’avoir encore quelque chose à perdre.
Écran noir. Dormez.
Action. Ignorer que ceux qui n’ont plus rien à perdre se moquent des triomphes et des murs.
Réaction. Ne pas voir que l’insurrection est déjà là.
Écran noir. Zemly vérité.
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L’union Européenne a créé en janvier 2009 un projet orwellien d’intelligence artificielle pour surveiller le « comportement anormal » des populations.
Imaginé il y a cinq ans, le programme de recherche Indect utilise des « agents » informatiques qui analysent les flux d’informations sur les sites internet, les forums, les réseaux de peer-to-peer, les ordinateurs personnels et les systèmes de vidéo surveillance publics.
Le Projet Indect a reçu près de 15 millions d’euros de l’Union Européenne et permettra le partage de ces informations entre dix pays européens. Il arrive au moment où l’Union Européenne renforce sa lutte contre le crime organisé, le terrorisme et l’immigration illégale en augmentant son budget de 13,5%, soit plus d’un milliard d’euros.
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A Paris, depuis quelques semaines, des groupes d’habitants du XXème arrondissement effectuent des rondes nocturnes pour perturber les trafics de drogue. Mamies sans peur et pères de famille se relaient dans une ambiance bonne enfant, tout en gardant un œil sévère sur les jeunes qui traînent aux pieds des HLM. Ces rondes citoyennes sont directement inspirées des milices de quartier américaines. Cette initiative fait suite aux messages anti-délinquance du gouvernement. 
Fin septembre, la police de l’Essonne a d’ailleurs mis en place un système de délation dénonciation anonyme par mail, en invitant à joindre photos et vidéos : «Aidez la police nationale dans son action au service des citoyens. Confidentialité garantie»
Sauvons les Cyborgs vous propose un petit état des lieux des mesures, ici ou ailleurs, incitant les citoyens à se surveiller et à dénoncer les comportements suspects :
ethics.com, les collègues dans le collimateur (USA, Europe)

Vous n’aimez pas vos collègues ? Dommage pour eux.
Le site ethics.com permet à des employés de dénoncer anonymement « les problèmes et préoccupations relatifs à des activités contraires à l’éthique ou illégales. »
Malgré le succès que ce site remporte aux USA, un juge du tribunal de Caen a décidé le 6 novembre dernier que les salariés d’une entreprise française ne pourront pas se dénoncer les uns les autres via un site Internet dédié car cela crée “un trouble manifestement illicite”. On espère que cela fera jurisprudence.
Lire notre article sur l’affaire opposant les salariés de l’entreprise Benoist Girard à la leur direction.
Internet Eyes (Grande Bretagne)

Jouer à Big Brother sans quitter son canapé
Au pays de la vidéo surveillance (Une caméra pour 14 habitants), le site Internet Eyes (les yeux d’internet) propose aux internautes du monde entier de visionner les images diffusées en direct par des caméras de surveillance.
Le slogan ? Attrapez un criminel en ligne !
Le but ? traquer le flagrant délit en jouant avec le voyeurisme des amateurs de Big Brother.
Lire notre article sur Internet eyes.
IWatch, un programme Orwellien du LAPD (USA)
La police de New York a lancé un site internet permettant aux habitants de la ville de dénoncer tout comportement suspect. Orwellien.
Rottenneighbor.com, mes voisins sont pourris (USA)
Ce site américain permettait de dénoncer anonymement le comportement de ses voisins (voiture sale, va chercher son courrier en caleçon, etc.) et de les afficher sur Google Map. Lancé en 2007 et utilisable partout dans le monde, le site a débarqué l’année dernière en France. Il est heureusement en maintenance et donc inaccessible depuis cet été.
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