Il est vrai que nous vivons des Temps, nous dit-on, des Temps où les révoltes ne s’écrivent pas sur les murs et ne se crient pas dans la rue. Cela ne se fait plus, voyons. Il fait trop froid. C’est un temps anesthésique.
Il est vrai que si révolte il y a, si cela peut être encore possible, nul ne l’entend.
Ne voyez-vous pas à la Lanterne, celui dont l’Appel nous laisse sans voix ? Qu’entend-il de nous, lui ? Le murmure de nos claviers ? Le bruit des langues qui claquent quand tous les mots sont usés ? Quel est le mot de code ? Chut ! Clac. Cent un mots que nous échangeons, et pas un qui semble à la hauteur de ce silence. Mais à quoi pense-ton ? A rien. Vraiment. Sincèrement. Ce ne sont que des petits mots que nous nous stockons, comme des coupons de réduction pour une braderie improbable, où tout sera trop grand et trop petit, trop laid et trop futile. Ce ne sont que des justifications pour faire traîner les choses, puisque nous savons bien que nous n’irons pas, là-bas.
Il est vrai que nous vivons un jour sans fin, ou plutôt l’une de ces après-midis grises et ternes où l’on sait que toutes les promesses sont ajournées. C’est un jour triste, il n’y a plus personne à appeler et tout ce qui devait être lu a été écrit.
Mais nous n’admirons ni le mouvement lent des girouettes ni les feuilles froissées que le vent mauvais nous apporte. Nous comptons. Nous recomptons. Nous biffons les grâces passées et les messes dites. Tranquillement.
Il est vrai que nous vivons des temps où les murs n’écrivent plus aucune révolte. Où toutes les voix qui devaient se faire entendre ne parlent que d’issues de secours. C’est un temps sale, nous disons, un temps de naufrage.
N’est-ce pas là que tout commence ?