sauvons les cyborgs !

L'Histoire est un mensonge que personne ne conteste.

Il est vrai

sugaar
Babylone

Il est vrai que nous vivons des Temps,  nous dit-on, des Temps où les révoltes ne s’écrivent pas sur les murs et ne se crient pas dans la rue. Cela ne se fait plus, voyons. Il fait trop froid. C’est un temps anesthésique.

Il est vrai que si révolte il y a, si cela peut être encore pos­sible,  nul ne l’entend.

Ne voyez-vous pas à la Lanterne, celui dont l’Appel nous laisse sans voix ? Qu’entend-il de nous, lui ? Le mur­mure de nos cla­viers ? Le bruit des langues qui claquent quand tous les mots sont usés ? Quel est le mot de code ? Chut ! Clac. Cent un mots que nous échan­geons, et pas un qui semble à la hau­teur de ce silence. Mais à quoi pense-ton ? A rien. Vraiment. Sincèrement. Ce ne sont que des petits mots que nous nous sto­ckons, comme des cou­pons de réduc­tion pour une bra­derie impro­bable, où tout sera trop grand et trop petit, trop laid et trop futile. Ce ne sont que des jus­ti­fi­ca­tions pour faire traîner les choses, puisque nous savons bien que nous n’irons pas, là-bas.

Il est vrai que nous vivons un jour sans fin, ou plutôt l’une de ces après-midis grises et ternes où l’on sait que toutes les pro­messes sont ajour­nées.  C’est un jour triste, il n’y a plus per­sonne à appeler et tout ce qui devait être lu a été écrit.
Mais nous n’admirons ni le mou­ve­ment lent des girouettes ni les feuilles frois­sées que le vent mau­vais nous apporte.  Nous comp­tons. Nous recomp­tons. Nous bif­fons les grâces pas­sées et les messes dites. Tranquillement.

Il est vrai que nous vivons des temps où les murs n’écrivent plus aucune révolte. Où toutes les voix qui devaient se faire entendre ne parlent que d’issues de secours. C’est un temps sale, nous disons, un temps de nau­frage.
N’est-ce pas là que tout commence ?

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