sauvons les cyborgs !

L'Histoire est un mensonge que personne ne conteste.

métamorphosis, le chant de l’âme collective

sugaar
15 octobre 2009

Puissance. L’individu capté par la foule est un héros ordi­naire pour qui l’impossible n’existe pas.
Celui-ci, qui se croyait faible, se découvre invin­cible par la seule force du nombre. On le disait invi­sible et le voilà, par­tout, ivre de sa propre voix. Il n’est plus perdu. Il sait.

Je sais que tu sais que je sais qu’ils savent que nous savons… Puisqu’on nous le dit.

Contagion. Comme le prouvent les rumeurs tou­jours crois­santes, les esprits s’allument sur la place.
Que scande-t-on, les soirs de grands bals ? Je suis le maître du jeu.
L’ennemi est désigné.

les soldats sont en marche

Crédulité. Parmi nous, entre nous, contre nous… Il se chu­chote comme un cri de ral­lie­ment.
Ils ne savent pas à qui ils ont affaire !
C’est la hache de Damoclès qui plane sur leurs têtes.

Et chacun cède joyeu­se­ment à ses ins­tincts refoulés.

Ce n’est déjà plus de la haine, c’est de l’horreur ; on ne menace plus, on écume.

Mais qui sont ces féroces sol­dats qui sifflent sous nos fenêtres ? Chantonne le père Ubu.

Des auto­mates.
La poi­trine grande ouverte, ils laissent tou­cher le méca­nisme de leur volonté et la pous­sière de leurs vertus.
On en rit encore, à la Lanterne.

Et pour­tant… La peste est notre affaire à tous.

La créa­tion des légendes qui cir­culent si aisé­ment parmi les foules n’est pas seule­ment le résultat d’une cré­du­lité com­plète, mais encore des défor­ma­tions pro­di­gieuses que subissent les événe­ments dans l’imagination d’individus assem­blés. L’événement le plus simple vu par la foule est bientôt un événe­ment défi­guré. Elle pense par images, et l’image évoquée en évoque elle même une série d’autres sans aucun lien logique avec la pre­mière, Nous conce­vons aisé­ment cet état en son­geant aux bizarres suc­ces­sions d’idées où nous conduit par­fois l’évocation d’un fait quel­conque. La raison montre l’incohérence de pareilles images, mais la foule ne la voit pas ; et ce que son ima­gi­na­tion défor­mante ajoute à l’événement, elle le confondra avec lui. Incapable de séparer le sub­jectif de l’objectif, elle admet comme réelles les images évoquées dans son esprit, et ne pos­sé­dant le plus sou­vent qu’une parenté loin­taine avec le fait observé.

Du moment qu’ils sont en foule, l’ignorant et le savant deviennent égale­ment inca­pables d’observation.

Gustave Le Bon, « Psychologie des foules », (1895).

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