Imaginez. Vous êtes tranquillement installé dans votre canapé, surfant sur internet. Devant vous, il n’y a qu’un écran d’ordinateur. Pas de clavier. Pas de souris. Vous vous demandez si vous avez reçu des mails. Sur l’écran, votre boîte mail apparait. Vous pensez que la nouvelle émission de télé réalité va bientôt commencer; la télévision s’allume. Dans un coin de votre tête, vous entendez la sonnerie de votre téléphone portable. Intérieurement, vous décrochez . Et tandis que la télévision devient muette, la voix d’un ami invisible résonne dans le salon. Vous souriez et décroisez enfin les bras. Vous n’êtes plus seul. Tout en parlant, vous secouez distraitement les moignons qui vous servent de mains : à force de ne plus les utiliser, elles se sont atrophiées.
Nous sommes en 2020. Dans votre cerveau, une puce lit vos pensées et vous évite de faire des gestes trop fatigants. En tant que cyborg, vous avez toujours aimé vous simplifier la vie.
Il ne s’agit pas d’une scène de science-fiction.
Des chercheurs d’Intel pensent créer d’ici peu le prototype d’un implant cérébral capable de transmettre nos pensées à des ordinateurs, des postes de télévision et des téléphones portables.
Lire nos pensées
Le chercheur Dean Pomerleau et ses collègues d’Intel Labs, de l’université de Carnegie Mellon et de l’Université de Pittsburgh utilisent actuellement l’imagerie par résonance magnétique pour identifier les changements dans la circulation sanguine de notre cerveau lorsque nous pensons à un mot ou une image.
D’après eux, les cerveaux de deux êtres humains montrent le même schéma pour des pensées similaires.
Par exemple, si deux personnes pensent à l’image d’un singe ou entendent le mot singe ou même entendent un singe ricaner, une neuro-image montrera une activité cérébrale similaire.
« Si nous pouvons arriver au point où nous pouvons détecter de façon précise des mots spécifiques, vous pouvez taper des mots », explique Pomerleau, » Vous pouvez composer des caractères ou des mots en pensant à des lettres apparaissant sur l’écran ou taper des mots entiers plutôt que des caractères individuels. »
Les chercheurs d’Intel sont déjà capables de construire un casque reliant notre cerveau à un ordinateur. Il s’agit maintenant, pour eux, de développer des capteurs qui pourront être implantés directement à l’intérieur du crâne. Une telle recherche n’est pas limitée à Intel et à ses partenaires universitaires. De nombreuses entreprises, comme Sony, imaginent à l’heure actuelle de nouveaux objets hybrides, faits de technologie miniaturisée et de tissus organiques vivants, et connectés directement à notre cerveau.
Prédire notre paresse
Les neuropuces, conçues au départ pour faciliter la vie de personnes handicapées, sont présentées comme l’avenir des nouvelles technologies.
Dean Pomerleau, d’Intel, a expliqué au magazine Computerworld que les utilisateurs seront bientôt fatigués d’avoir à pêcher une machine dans leurs poches ou dans leur sac pour y accéder. Il prédit également que les utilisateurs seront fatigués de manipuler une interface avec leurs doigts : « Tôt ou tard les gens seront plus susceptibles d’être intéressés par les implants cérébraux. Imaginez, être capable de surfer sur Internet avec le pouvoir de vos pensées! »
« Les êtres humains sont remarquablement adaptifs », dit Andrew Chen, vice président de recherche et directeur de recherche des technologies du futur au Intel Labs. » Si vous aviez dit aux gens il y a vingt ans qu’ils porteraient des appareils en permanence, ils vous auraient dit ‘je ne veux pas de ça.’ Maintenant vous ne pouvez pas les en empêcher. »
Les consommateurs accepteront-ils en 2020 de subir une opération chirurgicale juste pour avoir les mains libres ?