L’union Européenne a créé en janvier 2009 un projet orwellien d’intelligence artificielle pour surveiller le « comportement anormal » des populations.
Imaginé il y a cinq ans, le programme de recherche Indect utilise des « agents » informatiques qui analysent les flux d’informations sur les sites internet, les forums, les réseaux de peer-to-peer, les ordinateurs personnels et les systèmes de vidéo surveillance publics.
Le Projet Indect a reçu près de 15 millions d’euros de l’Union Européenne et permettra le partage de ces informations entre dix pays européens. Il arrive au moment où l’Union Européenne renforce sa lutte contre le crime organisé, le terrorisme et l’immigration illégale en augmentant son budget de 13,5%, soit plus d’un milliard d’euros.
La commission européenne appelle à une « culture commune » de la surveillance; un tiers des policiers européens recevront un entraînement spécialisé dans les cinq prochaines années.
La France, qui souhaite développer son propre système de surveillance nationale, reste pour l’instant extérieure au projet.
La vidéo officielle du Project Indect ressemble à un mauvais film d’espionnage.
Selon le site officiel du Projet Indect, son objectif principal est de développer une plateforme d’enregistrement et d’échanges de données, l’acquisition de contenu multimédia et le décryptage par ordinateur de toutes ces informations, ainsi que la détection automatique de comportements anormaux ou potentiellement violents.
Shami Chakrabarti, le directeur du groupe de défense des droits de l’Homme Liberty, décrit l’introduction d’une telle technique de surveillance des masses comme une étape sinistre pour tous les pays, ajoutant que c’est même « complètement glaçant » à l’échelle européenne. La coopération entre les États signifie également que des forces de police européennes accèderont à des informations sensibles, comme des bases de données ADN.
Le département de science informatique de l’université de York a développé pour le projet de nouvelles techniques linguistiques informatisées afin de récolter et d’analyser les données présentes sur internet. Ce système comprend la déduction du sens des mots, la définition d’entités (avatars), l’analyse des liens entre internautes sur les forums et les réseaux sociaux et l’analyse des sentiments exprimés ou cachés.
Le projet Indect a également soumis un questionnaire aux services de police des états concernés, afin de limiter ses axes de recherche. L’une des questions était:
« Pensez-vous que le projet Indect pourrait être utilisé pour mesurer le sentiment de sécurité des citoyens? »
En Suède, un autre projet financé par l’union européenne développe des modèles de « comportements suspects » qui pourront être automatiquement détectés par les réseaux de vidéo surveillance. ADABTS (détection automatique des comportements anormaux et des menaces dans les foules) analyse l’intonation de la voix, les gestes et la démarche de chaque individu afin d’isoler et de traquer des personnes dans une foule en mouvement.
Les projets INDECT et ADABTS pourraient être utilisés par une organisation européenne très discrète, le SitCen (Joint Situation Centre), qui met en place un service secret européen sur le modèle de la CIA. Ce centre a été créé en 2005 pour pouvoir déceler des menaces au niveau mondial et les éradiquer.
L’expansion d’un tel service secret européen soulève de sérieuses questions en matière de souveraineté politique des états membres de l’Union, de respect des législations nationales et des droits de l’Homme.
Il s’agit de dresser un profil de populations entières plutôt que de se concentrer sur quelques individus suspects.
En 2005, le gouvernement français souhaitait créer un système de surveillance nationale en croisant les données biométriques avec l’analyse comportementale. L’actuel président de la République avait à l’époque proposé d’utiliser la technologie pour détecter les comportement suspects sur Internet et dans la foule; le projet avait été abandonné sous la pression des associations de défense des droits de l’Homme.
D’après des indiscrétions filtrant des dernières réunions ministérielles, ce contrôle des déplacements, des grands réseaux de communication ainsi que des espaces publics et privés est à nouveau d’actualité.