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Projet Indect : l’espionnage sur Internet

sugaar
10 novembre 2009


L’union Européenne a créé en jan­vier 2009 un projet orwel­lien d’intelligence arti­fi­cielle pour sur­veiller le « com­por­te­ment anormal » des populations.

Imaginé il y a cinq ans, le pro­gramme de recherche Indect uti­lise des « agents » infor­ma­tiques qui ana­lysent les flux d’informations sur les sites internet, les forums, les réseaux de peer-to-peer, les ordi­na­teurs per­son­nels et les sys­tèmes de vidéo sur­veillance publics.

Le Projet Indect a reçu près de 15 mil­lions d’euros de l’Union Européenne et per­mettra le par­tage de ces infor­ma­tions entre dix pays euro­péens.  Il arrive au moment où l’Union Européenne ren­force sa lutte contre le crime orga­nisé, le ter­ro­risme et l’immigration illé­gale en aug­men­tant son budget  de 13,5%, soit plus d’un mil­liard d’euros.

La com­mis­sion euro­péenne appelle à une « culture com­mune » de la sur­veillance; un tiers des poli­ciers euro­péens rece­vront  un entraî­ne­ment spé­cia­lisé dans les cinq pro­chaines années.

La France, qui sou­haite déve­lopper son propre sys­tème de sur­veillance natio­nale,  reste pour l’instant exté­rieure au projet.

La vidéo offi­cielle du Project Indect res­semble à un mau­vais film d’espionnage.


Selon le site offi­ciel du Projet Indect, son objectif prin­cipal est de déve­lopper une pla­te­forme d’enregistrement et d’échanges de don­nées, l’acquisition de contenu mul­ti­média et le décryp­tage par ordi­na­teur de toutes ces infor­ma­tions, ainsi que la détec­tion auto­ma­tique de com­por­te­ments anor­maux ou poten­tiel­le­ment violents.

Shami Chakrabarti, le direc­teur du groupe de défense des droits de l’Homme Liberty, décrit l’introduction d’une telle tech­nique de sur­veillance des masses comme une étape sinistre pour tous les pays, ajou­tant que c’est même « com­plè­te­ment gla­çant » à l’échelle euro­péenne. La coopé­ra­tion entre les États signifie égale­ment que des forces de police euro­péennes accè­de­ront à des infor­ma­tions sen­sibles, comme des bases de don­nées ADN.

Septième plan de fonctionnement du projet Indect, tel qu'il est présenté sur le site internet http://indect-project.eu

Septième plan de fonc­tion­ne­ment du projet INDECT.


Le dépar­te­ment de science infor­ma­tique de l’université de York a déve­loppé pour le projet de nou­velles tech­niques lin­guis­tiques infor­ma­ti­sées afin de récolter et d’analyser les don­nées pré­sentes sur internet. Ce sys­tème com­prend la déduc­tion du sens des mots, la défi­ni­tion d’entités (ava­tars), l’analyse des liens entre inter­nautes sur les forums et les réseaux sociaux et l’analyse des sen­ti­ments exprimés ou cachés.
Le projet Indect a égale­ment soumis un ques­tion­naire aux ser­vices de police des états concernés, afin de limiter ses axes de recherche. L’une des ques­tions était:

« Pensez-vous que le projet Indect pour­rait être uti­lisé pour mesurer le sen­ti­ment de sécu­rité des citoyens? »

questionnaire INDECT

ques­tion­naire INDECT

En Suède, un autre projet financé par l’union euro­péenne déve­loppe des modèles de « com­por­te­ments sus­pects » qui pour­ront être auto­ma­ti­que­ment détectés par les réseaux de vidéo sur­veillance. ADABTS (détec­tion auto­ma­tique des com­por­te­ments anor­maux et des menaces dans les foules) ana­lyse l’intonation de la voix, les gestes et la démarche de chaque indi­vidu afin d’isoler et de tra­quer des per­sonnes dans une foule en mouvement.

Les pro­jets INDECT et ADABTS pour­raient être uti­lisés par une orga­ni­sa­tion euro­péenne très dis­crète,  le SitCen (Joint Situation Centre), qui met en place un ser­vice secret euro­péen sur le modèle de la CIA. Ce centre a été créé en 2005 pour pou­voir déceler des menaces au niveau mon­dial et les éradi­quer.
L’expansion d’un tel ser­vice secret euro­péen sou­lève de sérieuses ques­tions en matière de sou­ve­rai­neté poli­tique des états membres de l’Union, de res­pect des légis­la­tions natio­nales et des droits de l’Homme.

Il s’agit  de dresser un profil de popu­la­tions entières plutôt que de se concen­trer sur quelques indi­vidus suspects.

En 2005, le gou­ver­ne­ment fran­çais sou­hai­tait créer un sys­tème de sur­veillance natio­nale en croi­sant les don­nées bio­mé­triques  avec  l’analyse com­por­te­men­tale. L’actuel pré­sident de la République avait à l’époque pro­posé d’utiliser la tech­no­logie pour détecter les com­por­te­ment sus­pects sur Internet et dans la foule; le projet avait été aban­donné sous la pres­sion des asso­cia­tions de défense des droits de l’Homme.
D’après des indis­cré­tions fil­trant des der­nières réunions minis­té­rielles, ce contrôle des dépla­ce­ments, des grands réseaux de com­mu­ni­ca­tion ainsi que des espaces publics et privés est à nou­veau d’actualité.

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