Au-delà de ce monde de colère et de larmes,
Ne plane que l’horreur de l’ombre.
Et pourtant la menace du Temps
Me trouve et me trouvera, sans peur.
William Ernest Henley, Invictus
Tous les animaux connaissent la peur. Et tous peuvent apprendre à nier l’évidence du danger.
Une expérience conduite par des psychologues de l’université d’Austin, au Texas, a permis de guérir des rats dressés à associer un son particulier avec une décharge électrique.
La méthode est simple. D’abord, on rejoue le son, une seule fois, pour déstabiliser la mémoire. Aucune décharge électrique ne succède au son. Une heure plus tard, on rejoue ce son de façon répétitive.
A la fin, les rats peuvent entendre le son sans avoir peur. Mieux : ils sont à présent plus lents que d’autres rats pour réapprendre à craindre la décharge électrique. Malgré la douleur, le son ne produit chez eux qu’un sentiment de sécurité.
Ces chercheurs souhaitent poursuivre l’expérience avec des êtres humains.
Cela est inutile. Nous en connaissons déjà le résultat.
Depuis l’Appel du 9 septembre et la mise en place, par Simons et ses sbires, de mesures d’exception légitimant une surveillance généralisée, nous vivons comme ces rats de laboratoire.
D’abord, ils nous ont appris la peur. Une peur collective et irrationnelle, nous faisant voir des ennemis dans chacun de nos voisins. Elle a engendré une hystérie digne des périodes les plus sombres de notre histoire. Des femmes et des hommes, parce qu’ils réclamaient la vérité au sujet de Cherny Zemly, ont été déshonorés, pourchassés, lynchés par les médias. Ils ont été abandonnés par le peuple quand ils ne luttaient que pour lui. Certains en sont morts.
Puis, par un fantastique tour d’illusionniste, le Nouvel Ordre nous a appris l’indifférence. Un calme inquiétant a succédé à la tempête. En quelques petits mois, les individus qui décident de notre avenir ont réussi à nous faire oublier que notre survie dépend de notre capacité à reconnaître les dangers qui nous menacent.
Pour pouvoir nous sauver, il nous faudrait, comme des rats de laboratoire, réapprendre à avoir peur. Mais il ne s’agit plus d’éprouver la peur imbécile de celui qui a peur de son ombre alors qu’il marche en pleine lumière.
Il est urgent de nous souvenir de toutes ces routes maudites que nous avons prises et qui ne menaient nulle part.
La peur qui nous a saisi, enfin, lorsque nous avons compris que notre guide était aussi notre bourreau, cette peur nous a sauvé. Elle nous a appris qu’il est parfois nécessaire de mordre la main de son maître.
Pierre Anvers ne doit pas être mort pour rien.
Zemly vérité ! Nous devons retrouver l’homme à l’oiseau noir.
Il est vrai que nous vivons des Temps, nous dit-on, des Temps où les révoltes ne s’écrivent pas sur les murs et ne se crient pas dans la rue. Cela ne se fait plus, voyons. Il fait trop froid. C’est un temps anesthésique.
Il est vrai que si révolte il y a, si cela peut être encore possible, nul ne l’entend.
Ne voyez-vous pas à la Lanterne, celui dont l’Appel nous laisse sans voix ? Qu’entend-il de nous, lui ? Le murmure de nos claviers ? Le bruit des langues qui claquent quand tous les mots sont usés ? Quel est le mot de code ? Chut ! Clac. Cent un mots que nous échangeons, et pas un qui semble à la hauteur de ce silence. Mais à quoi pense-t-on ? A rien. Vraiment. Sincèrement. Ce ne sont que des petits mots que nous stockons comme des coupons de réduction pour une braderie improbable, où tout sera trop grand et trop petit, trop laid et trop futile. Ce ne sont que des justifications pour faire traîner les choses, puisque nous savons bien que nous n’irons pas, là-bas.
Il est vrai que nous vivons un jour sans fin, ou plutôt l’une de ces après-midis grises et ternes où l’on sait que toutes les promesses sont ajournées. C’est un jour triste, il n’y a plus personne à appeler et tout ce qui devait être lu a été écrit.
Mais nous n’admirons ni le mouvement lent des girouettes ni les feuilles froissées que le vent mauvais nous apporte. Nous comptons. Nous recomptons. Nous biffons les grâces passées et les messes dites. Tranquillement.
Il est vrai que nous vivons des temps où les murs n’écrivent plus aucune révolte. Où toutes les voix qui devaient se faire entendre ne parlent que d’issues de secours. C’est un temps sale, nous disons, un temps de naufrage.
N’est-ce pas là que tout commence ?
En politique rien n’arrive pas accident. Si quelque chose se produit, vous pouvez parier que cela a été planifié de cette façon.
Franklin Delano Roosevelt
Se créer les ennemis dont on a besoin.
C’est le plus vieux tour. Celui qui marche toujours.
Un jour, un homme résolu de s’emparer de Rome. Mais la République était solide.
Crassus avait besoin d’un ennemi. Il choisit Spartacus.
Le gladiateur était à la tête d’une armée d’esclaves. Il était un ennemi convaincant.
Mais Spartacus et sa bande ne voulaient pas de Rome. Ils voulaient leur liberté. Une flotte mercenaire devait les emmener loin de Rome. Elle partit sans eux : Crassus l’avait achetée.
Cerné par les soldats de Crassus, les esclaves n’eurent d’autre choix que de marcher sur Rome.
La République, tremblante, confia ses armes et son destin à l’ambitieux politicien. Spartacus mourut l’épée à la main. Six mille esclaves furent crucifiés.
Les Romains ne récupérèrent jamais leur République.
Crassus
Comme sont morts ces esclaves, ainsi mourra votre racaille…
Si elle manque un instant de loyauté envers le nouvel ordre établi.
Les ennemis de l’État sont connus.
Des arrestations sont en cours. Les prisons commencent à se remplir.
Dans chaque ville et province sont dressées des listes de traîtres.
Demain ils apprendront le prix de leur terrible folie…
Leur trahison.
Au pays des réseaux sociaux et des échanges nomades, il existe une rumeur folle : tout ce que vous pourrez dire sera retenu contre vous.
En septembre dernier, deux jeunes franconvillois ont été suspectés de terrorisme. Ils s’étaient amusés, par SMS, à imaginer la préparation d’un entartrage visant Simons. L’opérateur mobile de l’un des jeunes avait alerté la police antiterroriste.
La rumeur dit vrai. D’une façon ou d’une autre, nous sommes tous surveillés.
Aujourd’hui, une nouvelle rumeur affirme que des personnes disparaissent après avoir posté des messages sur Twitter ou Facebook. L’histoire est si absurde qu’elle confine au fantasme.
Vendredi 15 janvier, à Paris, un homme aurait été bloqué par des CRS alors qu’il se rendait sur son lieu de travail, près des Grands Boulevards. La raison de ce blocage reste floue mais la proximité des grands magasins laisse supposer une alerte à la bombe. Ou la sortie incongrue d’une première dame faisant les soldes.
Connecté à un site de microblogging grâce à son téléphone portable, l’homme immobilisé laissait éclater sa colère contre les CRS, le gouvernement en place et l’omni-président. Il fit le parallèle avec l’agression à moitié réussie (ou ratée, on ne sait plus) qui secoue la France depuis près de quatre mois. L’homme rappela à ses amis invisibles qu’un touriste inconnu aurait filmé l’un des gardes du corps faisant un discret signe du menton à Cherny Zemly. Il affirmait que le touriste, c’était lui.
Il se trouvait toujours là, sur le trottoir, lorsqu’il fut arrêté. L’un de ses collègues, bloqué lui aussi par le barrage, avait vu la scène de l’autre côté du trottoir.
Et depuis une semaine, plusieurs personnes se demandent où se trouve Jacques Chambret. La police parisienne n’a ni confirmé, ni réfuté son arrestation.
Est-ce une légende urbaine en pleine éclosion ou faut-il s’attendre, vraiment, à d’autres disparitions ?
Je vois de l’absurde dans ma rue et dans ma vie.
Un passage pour piétons menant à une porte condamnée, un employeur me demandant de capturer une licorne rose… L’absurde est ce qui n’a aucun sens.
Un jour seulement, une bulle d’irrationalité éclate.
Des figures de cire s’animent et le grincement de leurs rouages devient un refrain moqueur : nous aussi, nous courons pour rester à la même place.
L’absurde est cet élixir du diable qui nous permet de passer de l’autre côté du miroir. Le pourquoi s’élève et tout commence dans cette lassitude teintée d’étonnement.
De l’autre côté du miroir, le hasard n’existe pas et notre existence est programmée par de nouveaux dieux de l’Olympe. Cruels et insensibles, ils sont pourtant terriblement humains dans ce qu’ils recherchent : le pouvoir, l’argent, la soumission sans questionnement. Trop humains ? Nés sur une planète lointaine ou descendants d’une antique confrérie, ils ont le visage de nos tyrans disparus.
Les conspirations fantasmées et nos expériences historiques coexistent à présent dans une zone grise où dansent les ombres de nos marionnettistes.
Sommes-nous, encore et toujours, cette même foule aveugle ?
« Et, au fait, quiconque, ayant conquis un État accoutumé à vivre libre, ne le détruit point, doit s’attendre à en être détruit. Dans un tel État, la rébellion est sans cesse excitée par le nom de la liberté et par le souvenir des anciennes institutions, que ne peuvent jamais effacer de sa mémoire ni la longueur du temps ni les bienfaits d’un nouveau maître. Quelque précaution que l’on prenne, quelque chose que l’on fasse, si l’on ne dissout point l’État, si l’on n’en disperse les habitants, on les verra, à la première occasion, rappeler, invoquer leur liberté, leurs institutions perdues, et s’efforcer de les ressaisir. »
Nicolas Machiavel (1515) Le Prince
A ceux qui pensent que tout est pour le mieux tant que le pire est évité, nous disons : Souvenez-vous !
C’était un matin de défaite, et le grand corps malade de la cité n’en finissait pas de vaciller. Trente tyrans fondaient sur Athènes. C’était aisé, l’hydre vieillissante avait perdu le souvenir d’elle-même.
La proposition, faite au peuple à genoux, était de créer un nouveau régime. Puisque le système ne fonctionnait plus, puisque la guerre et l’économie réduisaient tous les lauriers en cendres, alors il fallait s’en remettre à la sagesse des ancêtres. Mais qu’avaient-on hérité, de ces ancêtres mythiques ? Tout. La valeur et le courage. Le respect de l’ordre. Une certaine idée de la liberté…
C’était donc pour le salut public, qu’il fallait remettre le pouvoir entre les mains de quelques uns.
Propagande. Les Trente investissaient la mémoire collective et en nourrissaient leur puissance.
Tous les bons citoyens présents dans l’assemblée, comprenant la manœuvre et sentant leur impuissance, ou bien restèrent en gardant une attitude passive, ou bien se retirèrent. Ils pouvaient du moins se rendre cette justice qu’ils n’avaient rien voté de néfaste pour la cité. Un petit nombre de citoyens lâches, malintentionnés, adoptèrent à main levée les mesures qu’on leur dictait.
Trier. Épurer. Traquer les mauvaises idées et les mines suspectes. Réduire le nombre de citoyens, ne garder que les meilleurs, ceux qui le méritent vraiment.
Exiler effacer exécuter.
Renier.
Créer les lois pour mieux désigner les hors la loi.Flatter avec le bout de la cravache. Jeux. Concevoir le vivre ensemble comme une gigantesque entreprise de surveillance collective.
Que disait-on, alors ? Ils voient vos malheurs d’un si bon œil que, tantôt, ils les savent avant tout le monde, tantôt ils en inventent.
« Ces actes faisaient plaisir aux citoyens qui croyaient que les Trente agissaient pour le bien de la cité. »
Aristote
C’était il y a 2400 ans. La démocratie athénienne mourrait; les hommes au pouvoir étaient devenus une force d’occupation. Puis, un jour, un général en exil revint pour tout renverser.
Et ensuite ? Socrate bu la cigüe et tous en moururent.
Zweckpropaganda. Le messager athénien s’en est allé.
Hello amis cyborgs! Me voici de retour après quelques semaines d’absence. Et comme la dernière fois, je vous propose de regarder le ciel. Des nuages étranges aux phénomènes météo inexpliqués, il se passe vraiment de drôles de choses là-haut. Et tout n’est pas la faute du réchauffement climatique.
Prenez le projet HAARP, par exemple.
C’est un peu le chouchou des conspirationnistes en ce moment, avec la grippe H1N1.
Pour faire simple, le projet HAARP projette d’envoyer une énorme onde électromagnétique vers l’ionosphère. L’ionosphère est la couche électriquement chargée qui entoure l’atmosphère terrestre. C’est notre seul bouclier.
Le rayon de HAARP soulèvera vers des zones de l’ionosphère en les chauffant. L’énergie sera stockée là jusqu’à ce que les militaires décident de la libérer. Les ondes électromagnétiques vont alors rebondir vers la terre et retomber sur tout ce qui bouge. C’est à dire sur nous.
La publicité de HAARP cherche à nous faire croire à un projet universitaire pour améliorer les communications.
Les documents militaires américains disent autre chose: HAARP vise à apprendre à « exploiter l’ionosphère à des fins de défense. » Tout ça pour notre propre bien. Dormez, bonnes gens…
C’ESTUNSUPERRAYONDELAMORT!!!
Vous vous souvenez de ces braves chercheurs qui créèrent la bombe H? Bein c’est ce qui est en train de se reproduire, ils vont donner un grand coup dans l’ionosphère et voir ce qui se passe. Heu, la fin du monde?
D’après certains scientifiques, on est à l’aube d’une catastrophe à côté de laquelle le réchauffement climatique passera pour un pet de chiot. Du vandalisme écologique à grande échelle. Vous croyez qu’ils vont en parler, à Copenhague?
Vous vous souvenez du halo lumineux dans le ciel en Russie et en Roumanie en octobre? Je vous parie mon casque en alu que c’est un coup de HAARP et qu’il faut s’attendre à d’autres joyeusetés en 2010, tremblements de terre et boules de feu dans le ciel.
Mais ça, c’est que la face visible de l’iceberg. Dans les années 70, l’armée de l’air américaine avait doucement rêvé d’un grand système de manipulation des ondes cérébrales (le mind control) grâce aux radio fréquences pulsées. Il parait que ce système n’a pas été réalisé, mais c’est la même technologie que pour HAARP. Et je sais qu’en France, il y en a qui nous prennent pour des cobayes. Rigolez pas, moi aussi je croyais que c’était des salades mais j’ai découvert que des gens (qui???) ont hacké mon implant en bidouillant les ondes et m’ont donné des hallucinations. Vous croyez que je suis fou? Lisez ce qui m’est arrivé ces derniers mois, l’enfer qu’ils me font vivre encore aujourd’hui. Il y a quelque chose de grave qui se passe en ce moment, on veut nous transformer en zombis. JELESAIS!!!
Regardez bien autour de vous, les gens qui disparaissent ou qui changent sans raison, les bobards qu’on nous sert dans les journaux. Il ne faut pas qu’on se laisse faire!
Amis cyborgs, ouvrez l’œil. Aidez-moi à découvrir la vérité avant qu’il ne soit trop tard.
Comment fêter les quarante ans d’Internet ? En rappelant son origine militaire.
Entre le 5 et le 14 décembre, le DARPA (agence américaine pour les projets de recherche avancée de défense) a organisé une chasse au trésor pour examiner les rôles que jouent Internet et les réseaux sociaux dans la communication et la mobilisation des populations lors de situations critiques.
Il n’a fallu que deux heures aux cinq mille participants pour retrouver les dix ballons météorologiques rouges dispersés aux États-Unis.
Ironie ? Depuis soixante ans, le ballon météorologique est synonyme de leurre, pour les ufologues.
Le pouvoir de la foule
Faire appel aux internautes pour résoudre une tâche donnée était jusqu’à présent associé avec l’altruisme désintéressé. Cette technique, le crowdsourcing, permet de fragmenter et de rendre abstraite la véritable signification des tâches. En y mêlant propagande et désinformation, c’est un moyen efficace pour manipuler des citoyens.
Le concours de DARPA, le jeu Internet Eyes et la traque de l’Homme à l’oiseau noir nous montrent que les populations peuvent être utilisées pour étendre la capacité de surveillance d’un état.
Il suffit de quelques images truquées, d’une poignée de témoins récitant leurs textes pour que les foules hypnotisées traquent des ennemis imaginaires.
Mais, de l’autre côté du miroir… Qui garde les gardiens ?
Nuages hallucinants, en Australie. Quelqu’un, là-haut, a comme un problème de cocaïne…
Wikipédialyse… Le Morning Glory Cloud est un phénomène météorologique rare pouvant être observé entre septembre et octobre au nord de l’Australie dans le Golfe de Carpentarie. C’est un nuage en forme de rouleau mesurant jusqu’à 1000 kilomètres de long, 1 à 2 kilomètres de haut et pouvant atteindre une vitesse de déplacement de 40 kilomètres par heure.
Malgré de nombreuses études, l’origine de ce phénomène n’est pas encore complètement expliquée. Des nuages similaires peuvent être observés au centre des États-Unis, dans la Manche, en Allemagne, dans l’est de la Russie et dans d’autre régions de la côte australienne mais sans répétition saisonnière comme celui du golfe de Carpentarie. Des bandes nuageuses aussi spectaculaires ont cependant été observées dans la mer de Cortez au large du Mexique et dans la région de l’Île de Sable au large de la Nouvelle-Écosse, Canada.
… Fin de la wikidialyse.
A force de goo-goo-glisser sur le net, j’ai déniché d’autres nuages du même type, mais à des endroits où ils ne sont pas censés se former. Bizarre, vous avez dit bizarre?
nuage en forme de tube, Pologne juillet 2008, photographie de Kexi sur Flikr
nuage tube photographié à nantucket dans le Massachusetts,USA le 2÷07÷2009
Vidéo prise depuis un avion, sur la côte nord du Japon, en juillet 2007:
Uruguay, janvier 2009 :
Il parait aussi que ces nuages apparaissent par « vagues », par exemple en septembre et octobre 1994, il y a eu une succession inexpliquée de nuages en rouleaux en Australie. Et depuis, ils sont de plus en plus fréquents, à travers le monde… Moi, je les classe direct dans le trio de tête des nuages pas nets, avec le cercle de Moscou et le nuage lumineux que la NASA essaie de comprendre.
[16:34:21 hasard ou coïncidence, je sors m’aérer les poumons juste avant de balancer mon article sur le ouèbe et je vois un beau nuage en forme de tube au-dessus de ma tête. Pas de quoi le photographier, portable antique. ô rage ô désespoir. Est-ce que quelqu’un l’a vu? Je suis du côté du 93.]
Imaginez. Vous êtes tranquillement installé dans votre canapé, surfant sur internet. Devant vous, il n’y a qu’un écran d’ordinateur. Pas de clavier. Pas de souris. Vous vous demandez si vous avez reçu des mails. Sur l’écran, votre boîte mail apparait. Vous pensez que la nouvelle émission de télé réalité va bientôt commencer; la télévision s’allume. Dans un coin de votre tête, vous entendez la sonnerie de votre téléphone portable. Intérieurement, vous décrochez . Et tandis que la télévision devient muette, la voix d’un ami invisible résonne dans le salon. Vous souriez et décroisez enfin les bras. Vous n’êtes plus seul. Tout en parlant, vous secouez distraitement les moignons qui vous servent de mains : à force de ne plus les utiliser, elles se sont atrophiées.
Nous sommes en 2020. Dans votre cerveau, une puce lit vos pensées et vous évite de faire des gestes trop fatigants. En tant que cyborg, vous avez toujours aimé vous simplifier la vie.
Il ne s’agit pas d’une scène de science-fiction.
Des chercheurs d’Intel pensent créer d’ici peu le prototype d’un implant cérébral capable de transmettre nos pensées à des ordinateurs, des postes de télévision et des téléphones portables.
Ma première explication était un halo parhélique, par temps nuageux. Il s’agirait en fait d’un hole punch cloud, un bête trou dans un nuage. Ce genre de nuage apparait quand des gouttes d’eau sont en suspension dans le ciel et ne trouvent pas de grains de poussière pour former un noyau de glace. Lorsque la congélation se produit, la fine couche de glace tombe sur Terre, laissant une magnifique porte spatio-temporelle.
Le nuage de Moscou serait donc un phénomène météorologique très rare mais explicable. Moi, avec mon côté fouineur, je me suis quand même posé des questions sur la vidéo. Des millions de gens voient un événement mystérieux, et il n’y en a qu’un seul pour le photographier? ça aussi, c’est rare.
Alors j’ai cherché des sources un peu plus crédibles que les centaines de sites conspirationnistes qui se refilent la vidéo comme un morpion transgénique.
Il était une fois une vidéo
Tout a commencé par une vidéo filmée avec un téléphone portable à l’ouest de Moscou, sur le périphérique, et envoyée sur le site de mreporter.ru, une sorte de youtube russe pour les reporters amateurs.
La vidéo a été postée sur mreporter le 07 octobre à 13H44 et elle aurait été filmée à midi. Gardez l’info en tête, elle a son importance.
Sur mreporter, les commentaires en russe (merci google trad) confirment que le ciel était étrange ce jour-là :
1. un premier témoin explique qu’il a appelé la station météo et qu’on lui a répondu qu’une tornade s’était dirigée vers Moscou et avait ensuite disparu. Un hélicoptère aurait été envoyé pour analyser le nuage.
2. Un autre internaute confirme qu’il a vu l’hélicoptère mais que ce n’est pas du tout la saison des tornades.
3. Un troisième témoin a observé que l’hélico a fait un cercle rapide près du nuage et est reparti.
Un hélicoptère envoyé pour surveiller un nuage? Très Independance day, ça.
La vidéo circule alors rapidement sur le net et personne n’a d’explication sur le nuage. Heureusement que le gouvernement russe veille au grain.
Les médias entrent en scène
Le soir même, à 19h00, le site internet de Vesti, la chaîne d’infos de l’État, publie un article rassurant. Vesti cite curieusement le commentaire de l’internaute à qui la station météo a parlé d’une tornade fantôme.
ovni? Oiseau? Hélico?
Problème: cet article est paru une demi-heure après que l’internaute en question a parlé de la tornade. Pourquoi le journaliste n’a-t-il pas demandé confirmation auprès de la station météo? A moins que le commentaire de l’internaute soit arrivé comme un cheveu sur la soupe et qu’il a bien fallu en faire quelque chose.
Pendant ce temps, des internautes aux yeux de lynx ont repéré un point noir bizarre volant autour du halo. Ovni, oiseau, hélico? Vesti laisse ça de côté et ne mentionne même pas l’hélico envoyé en repérage. Ha mais c’est vrai, quand le journaliste a écrit son article, l’histoire de l’hélico n’avait pas encore été postée sur mreporter.
La chaîne présidentielle diffuse le soir-même la vidéo avec une explication rationnelle. Sur le net, des rumeurs parlent du projet HAARP ou d’une expérience secrète, comme au bon vieux temps soviétique.
Le lendemain 8 octobre à 14h et des poussières, le site de Vesti rajoute donc une couche, avec les commentaires d’un spécialiste du Service d’hydrométéorologie national: on parle d’un simple effet d’optique et d’un trou créé par la rencontre de plusieurs fronts et d’un courant venant de l’Arctique.
Ok, mais… Où est passée cette fichue tornade?
Pouf, on n’en parle plus! Et un problème d’éliminé, un!
Par contre le spécialiste justifie l’illusion d’optique en expliquant que si on regarde bien la vidéo, on peut voir les rayons du soleil couchant… Vous vous souvenez de l’heure à laquelle le nuage a été filmé? Midi. Moi, j’appelle ça une méga boulette.
En ensuite? La machine à fabriquer des infos se met en mode rouleur compresseur. Des sites internet et des télés russes répètent en boucle les explications de la chaîne du gouvernement et les médias anglais prennent le relais au niveau mondial. Sauf que sur youtube, on frôle l’hystérie collective.
Et pendant tout ce temps, personne ne demande aux moscovites ce qu’ils ont vu.
J+2: tout va très bien, madame la marquise
9 octobre. 15HSoit deux jours après le halo mystérieux. Vesti rabâche encore « ce n’est qu’un nuage, dormez bonnes gens », à la fois sur sa radio (quand on vous dit que la voix du peuple, c’est eux) et sur le site internet. Cette fois, pas de petit météorologue qui ne sait même pas quand le soleil se couche. Vesti a enrôler une éminente spécialiste du centre d’observation du temps (FOBOS) pour expliquer comment s’est formé le trou dans le nuage. Trois jours pour expliquer le phénomène, ce sont des rapides. Re-speech sur l’absence de lien entre halo circulaire et pollution. Et petite phrase qui a dû sonner désagréablement dans l’oreille de beaucoup de russes: pour l’instant, on ne sait pas si cela peut avoir des effets négatifs sur la santé humaine.
La question qui vaut son pesant de roubles: COMMENTUNEFFET D’OPTIQUEDANSUNNUAGEPOURRAITAVOIRDESEFFETSNEGATIFSSURLASANTE?
Oups, voilà que moi aussi je suis pris de conspirationniste aigue, j’écris tout en majuscules et bientôt ça sera en gras et en rouge.
Et où sont les témoignages des habitants?
Circulez, y a rien à voir
Alors le soir-même Vesti revient lourdement sur le sujet, sur le ton de « la météorologie de Moscou ne cessera jamais de nous étonner, ha ha ha.«
Et là on insiste sur le fait que le halo n’a duré que 15 petites minutes. Et puis d’ailleurs ce n’est pas un nuage, mais un écart entre des nuages. Et coincé entre deux tranches de bulletin météo, une petite info: certains habitants de la ville (internautes?) ont crû à une invasion extraterrestre. C’est vrai aussi que depuis quelques mois, de plus en plus de russes et d’habitants de pays de l’est parlent de lumières étranges dans le ciel, de nuages bizarres et d’objets volants. Il va bien falloir en parler, à un moment ou un autre, non?
Monsieur météo pense alors faire diversion pour évacuer la thèse ovni et commet sa deuxième grosse boulette: au début, il a pensé à une dispersion mécanique des nuages où on aurait un peu trop forcé sur la dose de produits chimiques (on ensemence les nuages avec des produits chimiques ou du sel pour que le pluie tombe).
Là, on comprend mieux le message diffusé un peu plus tôt qui expliquait que le nuage n’était pas dangereux. Et on se demande sérieusement si ce n’est pas ça, le fond de l’histoire. Parce que franchement, les scientifiques ont surtout l’air d’avoir été pris de court par un événement inattendu et de ne pas avoir beaucoup d’infos sur ce qui s’est vraiment passé. D’où, sans doute, le fait que plus personne ne reparle de cette embarrassante tornade fantôme.
Enfin une autre image du mystérieux nuage!
Le 29 octobre, soit 22 jours après l’apparition du nuage troué, une nouvelle image débarque mystérieusement sur mreporter. Tiens, c’est marrant, on dirait que le soleil se couche. Et puis tiens, il est vachement moins impressionnant ce nuage. Là, on peut se dire qu’était vraiment un effet d’optique. Ouf, on a eu peur.
Vous croyez vraiment tout ce qu’on vous dit? Le diable se cache dans les détails.
Enième boulette du gouvernement russe : la photographie a été prise le 7 octobre, à 13h (heure de moscou), soit une heure après la vidéo du nuage. Vous voyez ce beau cercle? Il nous dit gentiment que le trou dans le nuage a duré plus d’une heure, alors que les scientifiques affirmaient que toute l’affaire n’avait duré que 15 minutes. Et si le nuage est apparu à l’heure du déjeuner, pourquoi le ciel est-il rose comme en fin de journée?
Un mois plus tard, il reste toujours des points d’interrogation
Moscou est la ville la plus peuplée d’Europe (10,22 millions d’habitants) et le nuage était visible au moment où les gens sortent du bureau pour déjeuner. Cette simple réalité m’amène à me poser plusieurs questions:
1. Pourquoi aucune autre image ou vidéo de ce nuage n’a été publiée?
2.Pourquoi aucun média n’a enquêté sur cette mystérieuse tornade fantôme qui a précédé l’apparition du nuage?
3. Est-ce qu’il existe d’autres témoignages? Et si oui, où sont-ils passés?
Sérieusement, à l’heure ou les gens photographient tout et n’importe quoi pour ensuite le balancer sur des sites type youtube, j’ai vraiment du mal à croire au trou dans un nuage que pratiquement personne n’aurait vu. Et un ciel d’apocalypse visible pendant près d’une heure, au-dessus de la capitale, sans qu’aucune chaîne de télé locale ou étrangère ne pense à immortaliser l’instant, ça me semble tout aussi peu crédible. Mais s’il ne s’agit pas d’un canular, cela veut dire que quelque chose s’est produit au-dessus de Moscou et que la Russie est suffisamment puissante et bien organisée pour que rien ne filtre. Et là, je ne sais pas pourquoi, je ne me sens pas du tout rassuré par cette possibilité.